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Vendeurs ambulants : Quand les bureaux deviennent des centres d’affaires

La vente de marchandises dans les lieux de travail, notamment les bureaux administratifs, suscite des avis partagés. Si certains y voient une solution pratique pour répondre aux besoins quotidiens sans se déplacer au marché, d’autres considèrent ce phénomène comme une menace pour la discipline professionnelle et le bon fonctionnement du travail.

Allaramadji Nicolas, élève en classe de première et vendeur ambulant de produits cosmétiques, a choisi le petit commerce pour subvenir à ses besoins. Il parcourt le quartier Ambatta dans le 7ème arrondissement, à la recherche de clients. « Je ne peux accéder aux bureaux qu’avec une autorisation. Certains agents refusent de nous recevoir, d’autres nous accueillent. En cas de refus, je n’insiste pas et je vais ailleurs. Je privilégie les bureaux car certains agents n’ont pas le temps d’aller au marché. Ils paient soit en cash, soit à la fin du mois », confie-t-il.

Moussa Mahamat, également vendeur d’articles divers, explique que certaines administrations imposent des restrictions interdisant l’accès sans l’accord préalable des employés. Cette situation les oblige parfois à attendre de longues heures et à perdre des clients potentiels. Il ajoute qu’une certaine tolérance existe dans certaines structures, tandis que dans d’autres, les commerçants sont contraints de vendre à la devanture des institutions.

Pour Rémadji Léonie, vendeuse de fruits, les bureaux sont plus avantageux que les quartiers, car ils permettent d’éviter des déplacements inutiles. Selon elle, les agents paient généralement leurs dettes dès la perception du salaire.

Du côté des employés, Moussa Mohamed, agent administratif, estime que ce phénomène facilite la vie des travailleurs. La disponibilité des produits sur le lieu de travail permet d’économiser du temps et d’éviter les déplacements au marché, d’autant plus que certains achats peuvent être effectués à crédit. Toutefois, il insiste sur la nécessité d’une organisation rigoureuse afin de ne pas perturber le fonctionnement des services.

De son côté, Khadidja Sakine, inspectrice au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche Scientifique et de la Formation professionnelle, estime que la présence des vendeurs ambulants peut à la fois perturber et faciliter le travail. « Certains vendeurs attirent des agents qui achètent à crédit et remboursent à la fin du mois. Lorsque les salaires tardent, cela entraîne des navettes qui perturbent le travail. Des tensions peuvent également apparaître lorsque les paiements tardent », explique-t-elle. Elle dénonce également une flambée des prix. « Certains commerçants profitent du paiement différé pour augmenter les prix », constate-t-elle.

Selon elle, la présence permanente de ces vendeurs contribue parfois à un climat de travail malsain, notamment lorsqu’ils accèdent aux bureaux sans autorisation et interagissent avec les visiteurs. Cela peut également créer des tensions liées aux dettes entre agents et vendeurs.

Pour Safia Ouangbi, directrice des ressources humaines au ministère de l’Éducation nationale et de la Promotion Civique, la plupart de ces vendeurs exercent dans l’informel. «Ils constituent une catégorie de commerçants informels qui circulent souvent d’une institution à une autre». La DRH précise qu’ils y entrent généralement dans les institutions sans autorisation formelle, leurs produits étant simplement sollicités par les agents. Elle souligne néanmoins que ces marchands ont un double impact : «L’impact positif est la proximité et la disponibilité rapide des produits. Le côté négatif concerne la sécurité, car il est difficile d’identifier les individus et de prévenir d’éventuelles arnaques ou comportements frauduleux».

Naïma Ahmed Beïn

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