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Société Tchad

Accès à l’eau: Des populations en détresse dans le canton de Troua

Dans la province du Wadi Fira, à l’Est du pays, précisément dans le canton Troua, l’eau n’est plus un simple besoin. C’est une question de survie. Une dizaine de villages vivent dans une détresse extrême, privés d’un accès digne à cette ressource vitale.

Le 25 avril dernier, cette crise a franchi un seuil dramatique. Une violente dispute autour d’un puits d’eau a coûté la vie à 42 personnes. Quarante-deux vies fauchées pour quelques litres d’eau. Ce bilan, à lui seul, illustre l’ampleur du drame et appelle à une prise de conscience urgente. Dans cette zone dite « de socle », accéder à l’eau relève d’un véritable défi physique et humain. Il faut parfois creuser à plus de 30 mètres de profondeur pour espérer en trouver. Chaque jour, femmes, enfants, mères allaitantes et femmes enceintes parcourent plusieurs kilomètres sous une chaleur accablante. Certaines marchent durant des heures, d’autres y consacrent une demi-journée entière, simplement pour remplir quelques récipients. À leurs côtés, les animaux meurent de soif, réduits à lécher la terre humide laissée par quelques gouttes renversées. La scène est insoutenable, indigne.

« J’ai quitté la maison à 6 heures du matin. Il me faut des heures pour remplir mes bidons », confie une femme, épuisée, sous couvert d’anonymat. Non loin de là, une femme enceinte de six mois, vacillante sous le poids de la fatigue et de la chaleur, incarne cette tragédie silencieuse. « Nous avons simplement besoin d’eau, en quantité suffisante », murmure-t-elle.

Fatimé Zara Ali, mère de famille, témoigne avec amertume : « J’ai une seule fille. Je rêve de la voir devenir directrice ou occuper un poste important. Mais aujourd’hui, ce n’est pas possible. À 12 ans, elle m’aide à puiser de l’eau. Quant à son père, il est parti chercher de l’or dans le Tibesti depuis deux ans, sans nouvelles. » À Kouragnaye, Aïcha G. s’interroge : « L’État existe-t-il vraiment ? Nous souffrons à cause du manque d’eau. »

Le chef de canton de Troua Nord, Bichara Gria, a exprimé son profond regret face à la situation. Il souligne que le manque d’accès à l’eau a fortement contribué à exacerber les tensions. Selon lui, si les besoins essentiels avaient été satisfaits, le drame aurait pu être évité. Il lance un appel pressant aux autorités pour répondre aux attentes urgentes des populations.

Dans le même élan, un représentant des familles des victimes a plaidé pour des actions concrètes en faveur de l’accès à l’eau potable, mais aussi dans les domaines de l’éducation et de la santé.

Il ne s’agit plus d’un simple déficit en infrastructures : la situation relève désormais de l’urgence humanitaire. Face à cette crise, l’inaction n’est plus une option. Les autorités doivent agir immédiatement pour garantir un accès sécurisé, équitable et durable à l’eau.

Chaque jour de retard coûte des vies. L’eau ne devrait jamais être une cause de mort. Il est temps d’agir.

Badour Oumar Ali

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