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Exposition des denrées alimentaires : Une pratique risquée pour la santé humaine

Ces derniers temps, un phénomène attire l’attention dans la ville de N’Djaména. Aux abords des grandes avenues, dans les quartiers périphériques et même dans les marchés aussi bien principaux que secondaires, des produits alimentaires de première nécessité sont exposés devant les boutiques, en plein soleil et sous la canicule.

Jus, sacs de riz, palettes d’eau, pâtes alimentaires et boissons gazeuses sont désormais alignés à l’extérieur des commerceshabituels. Une pratique qui suscite de nombreuses inquiétudes chez les consommateurs, notamment en raison des risques sanitaires liés à l’exposition prolongée à de fortes températures.

Adam Youssouf, boutiquier dans le 6ème arrondissement, cette exposition répond souvent à des contraintes matérielles. « Certains produits sont placés dehors pour attirer les clients ou par manque d’espace. Pour ma part, j’expose seulement les palettes d’eau, car elles ne changent ni de couleur ni de goût », affirme-t-il.

Ahmat Mahamat, un autre commerçant avoue que le manque d’espace pousse certains commerçants à installer leurs marchandises devant les boutiques. « Nous savons que cela donne parfois une mauvaise image aux clients, qui pensent que les produits sont de mauvaise qualité. Cela nous cause des pertes », admet-il.

Moussa Mahamat, grossiste au marché à mil, tente quant à lui de rassurer les consommateurs. Selon lui, les produits exposés servent principalement d’échantillons destinés à montrer la disponibilité des marchandises. « Les denrées ne restent pas longtemps dehors, car les clients les achètent rapidement. En période de forte chaleur, nous les couvrons avec des bâches ou des nattes », précise-t-il. De son côté, Bichara Nadif,consommateur, souligne les conséquences visibles de cette pratique sur la circulation et sur la qualité des produits. « Les cartons et les palettes occupent une partie de la chaussée et provoquent des embouteillages, surtout aux heures de pointe. En plus, les boissons exposées perdent leur goût et leur gaz. Certains produits alimentaires changent même de couleur sous l’effet du soleil », observe-t-il.

Des dispositions salutaires

Hissein Yakhoub, autre consommateur, déplore cette situation. « Aujourd’hui, lorsque vous achetez un jus exposé à la chaleur, le goût change complètement. Il devient amer et peut provoquer des maux de ventre. Depuis que notre enseignant de biologie nous a expliqué les dangers liés aux produits exposés au soleil, j’ai arrêté d’en consommer », confie-t-il.

Face à cette situation, le vendeur Hassan Mikaïl réclame uneintervention des autorités municipales. Il appelle à des mesures strictes afin de protéger la santé publique. «Les responsables communaux doivent agir pour mettre de l’ordre. On ne peut pas laisser la santé des populations entre les mains de commerçants uniquement préoccupés par la vente. Il faut des contrôles rigoureux et des sanctions », insiste-t-il.

Pour des éclairages, le nutritionniste Walda Brahim Mbaddimet en garde contre les dangers liés à l’exposition prolongée des aliments et boissons conditionnés dans des emballages en plastique. Selon lui, la chaleur favorise la libération de substances toxiques comme le bisphénol A, un composé chimique reconnu comme perturbateur endocrinien. «Sous l’effet de fortes températures, le plastique se dégrade et devient plus poreux. Les substances chimiques migrent alors directement dans les aliments et les boissons », explique-t-il. Il précise que le bisphénol A est suspecté de perturber le système hormonal et d’augmenter les risques de cancers hormono-dépendants, notamment ceux du sein, de la prostate, des ovaires et de l’utérus.

Le spécialiste évoque également des risques liés à la fertilité, aux fausses couches, aux malformations du fœtus ainsi qu’à certains troubles chez les enfants, tels que la puberté précoce, l’obésité infantile ou les difficultés d’apprentissage. Alors que les températures continuent de grimper à N’Djaména, cette pratique soulève de plus en plus de préoccupations sanitaires et appelle à une meilleure régulation du commerce des produits alimentaires exposés à l’air libre.

Ndomadji Ndodegue et Mahamat Yaya Imelis (stagiaire)

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