La province du Mayo-kebbi Ouest connait une répartition irrégulière des pluies cette année. Une situation qui suscite des inquiétudes chez les producteurs. Conséquences, les prix des céréales flambent. Producteurs, commerçants et responsables agricoles appellent à des mesures d’accompagnement adaptées.
Au marché de Pala, les céréales occupent une place importante dans les échanges commerciaux. Maïs, arachides, sorgho, haricots, riz et sésame figurent parmi les principaux produits proposés à la vente. Toutefois, la variation des prix et les difficultés d’approvisionnement préoccupent les acteurs de la filière.
Alamine O., vendeur de céréales explique que le prix du maïs varie en fonction de l’ancienneté des stocks. « Pour le moment, nous vendons le maïs de l’ancienne récolte à 15 000 F CFA le sac, alors que nous l’achetons à 14 000 F CFA. Le maïs de la nouvelle récolte se vend à 12 000 F CFA », précise-t-il. Selon lui, l’irrégularité des pluies a contribué à réduire l’approvisionnement du marché. Les producteurs, confrontés à une campagne agricole difficile, apporteraient moins de céréales sur les marchés. Cette situation, combinée à la demande de certains acheteurs venus d’autres localités, a favorisé la hausse des prix.
Le commerçant Abdoulaye B. D. a, pour sa part, indiqué que les prix ont légèrement baissé après les interventions des autorités. S’agissant des autres produits, le sac de sorgho, appelé localement « mourouche », se vend actuellement à 11 000 FCFA, contre 8 000 FCFA auparavant. Pour Marie Bopan, commerçante, les haricots sont commercialisés à des prix élevés, pouvant atteindre 40 000 à 42 000 F CFA selon les variétés. L’arachide, le riz et le sésame restent, eux aussi, des produits importants dans les transactions commerciales du marché.
Du côté des producteurs, Lingrézao H., producteur et enseignant résident à Pala, décrit une situation particulièrement difficile pour les cultivateurs. Selon son témoignage, les sacs de céréales de la nouvelle récolte se vendent entre 8 000 et 10 000 F CFA, tandis que ceux de l’ancienne récolte peuvent atteindre 12 000 à 13 000 FCFA. « Cette année, nous, les producteurs, sommes dans la désolation. Les récoltes sont médiocres et, lorsque nous revenons des champs, c’est avec beaucoup de tristesse », déplore-t-il.
Mahamat moussa producteur, sollicite l’intervention du gouvernement afin de soutenir les producteurs et de préserver leurs moyens de subsistance.
L’ANADER reconnaît les difficultés
Le chef de secteur de l’ANADER du Mayo-Dallah, Pala, Bopabé Patalé Roi, confirme que la campagne agricole a été affectée par une mauvaise répartition des précipitations. Bien que le cumul pluviométrique annoncé soit supérieur à celui de l’année précédente, le responsable souligne que la répartition des pluies a posé problème. « Quand il n’y a pas d’eau, il n’y a pas d’agriculture », rappelle-t-il, soulignant la forte dépendance de l’agriculture locale à la pluviométrie. Selon lui, certaines cultures particulièrement exigeantes en eau ont été affectées. Il a signalé des difficultés pour les cultures de contre-saison, le riz, en raison de l’insuffisance des pluies observée en septembre. Le coton, le maïs et le sorgho figurent parmi les cultures touchées par les irrégularités pluviométriques.
Face à ces difficultés, le chef d’antenne ANADER affirme avoir conseillé aux producteurs d’adopter des pratiques agricoles mieux adaptées aux aléas climatiques. Il explique que les producteurs ont été sensibilisés à l’utilisation de variétés précoces et de variétés mieux adaptées à la sécheresse. Ces choix permettent, dans certaines conditions, de réduire les risques liés à l’arrêt précoce des pluies. Bopanbé Patalé Roi a précisé par ailleurs que les conseillers agricoles présents dans les villages assurent le suivi des productions et transmettent les difficultés rencontrées aux responsables de l’agence.
Au-delà des difficultés de production, les témoignages recueillis à Pala mettent en évidence les préoccupations des différents acteurs de la chaîne céréalière. Les commerçants, de leur côté, souhaitent un meilleur approvisionnement des marchés ainsi qu’une participation accrue aux initiatives de formation et d’accompagnement.
Dans une région où les revenus de nombreux ménages dépendent de l’agriculture, l’évolution des récoltes et des prix des céréales au cours des prochains mois sera déterminante. Le renforcement de l’accompagnement technique, l’amélioration de la gestion des stocks et le ciblage efficace des aides apparaissent ainsi parmi les préoccupations soulevées par les acteurs rencontrés au marché de Pala.
Alladigba Donatien












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