Depuis plusieurs mois, les prix des huiles moteur connaissent une courbe croissante qui fragilise les conducteurs de mototaxis, les taximen et les commerçants. Face à des dépenses d’entretien plus élevées, certains automobilistes et motocyclistes réduisent la fréquence des vidanges ou changent de produit, au risque d’endommager leurs moteurs.
Dans les boutiques de lubrifiants, les prix ont fortement progressé. Moussa M. M., chef des opérations d’achat dans un établissement de vente, situe le début de cette flambée à la fin de février 2026. « Avant, l’huile de bonne qualité de 1 litre coûtait entre 2 000 et 2 500 FCFA. Maintenant, c’est monté jusqu’à 3 500, parfois 4 000 FCFA. Le bidon de cinq litres, vendu auparavant à 7 500 FCFA, coûte désormais 9 500 FCFA », renseigne-t-il. Ce renchérissement affecte les habitudes d’achat. Selon ce commerçant, certains clients continuent de privilégier les huiles de qualité qu’ils utilisent habituellement. D’autres se tournent vers des produits moins chers. « Tous les deux ou trois mois, les frais augmentent », déplore-t-il, en évoquant les difficultés liées à ces hausses successives. Moussa M. M. attribue cette situation aux conséquences de la guerre dans les pays fournisseurs de ces produits.
Abdoulaye Adoum, un autre commerçant, observe une évolution similaire depuis deux à trois mois. D’après lui, cette situation a surpris les clients. Les conducteurs qui achetaient auparavant trois ou quatre litres pour anticiper leurs besoins se limitent désormais à la quantité nécessaire pour la vidange du jour. « Certains me disent : donne-moi seulement la moitié, je vais compléter plus tard », raconte-t-il. D’autres préfèrent changer de qualité, tandis que certains maintiennent leur choix habituel par crainte d’abîmer leur moteur. Le commerçant appelle les autorités à rechercher des solutions en urgence.
Les conducteurs désemparés
Pour les conducteurs de mototaxis et de taxis, cette augmentation alourdit les charges d’exploitation. Mahamed E. H., conducteur de mototaxi, affirme que le prix de la bouteille d’huile, la moins chère, qui lui coûtait auparavant 1 250 FCFA atteint désormais 2 500 FCFA. Cette marge supplémentaire intervient dans un contexte où trouver des clients devient déjà difficile. La situation est d’autant plus contraignante que de nombreux conducteurs de mototaxi ne possèdent pas leurs propres motos. Ils doivent reverser une somme quotidienne aux propriétaires tout en couvrant leurs dépenses de fonctionnement. La hausse des lubrifiants réduit donc la marge disponible pour leurs besoins personnels et familiaux.
Teyabe B., également conducteur de mototaxi constate une augmentation. Le litre d’huile qu’il utilise, vendu auparavant à 2 000 FCFA, coûte aujourd’hui 2 500 voire 3 000 FCFA. Pour préserver un minimum de bénéfice, il dit être contraint d’augmenter ses tarifs auprès des clients. Mais le conducteur a également modifié son calendrier d’entretien. « Avant, je faisais la vidange de ma moto chaque semaine, mais avec cette situation, je suis obligé de le faire tous les dix jours », explique-t-il. Cette réduction de la fréquence des vidanges lui permet de limiter ses dépenses immédiates, sans pour autant supprimer les coûts d’entretien.
Issa M., taximan, a adopté une stratégie comparable. Habitué à utiliser une huile de marque un peu chère et à effectuer la vidange chaque mois, il attend désormais parfois près de deux mois avant de remplacer l’huile. « Le jour où je n’ai pas d’argent, je continue de rouler tout en étant conscient que cela peut endommager le moteur », confie-t-il.
Les répercussions de cette hausse dépassent les seuls conducteurs et commerçants. Dans les ateliers, les mécaniciens constatent une baisse de fréquentation. Mahamat H. affirme que les petites activités tournent au ralenti depuis l’augmentation des prix. « Les clients ne viennent pas comme auparavant », relève-t-il. Pour lui, ces pratiques font peser des risques supplémentaires sur les véhicules et les motos.
Pour ces acteurs, l’enjeu est désormais de préserver leurs revenus sans compromettre la maintenance des engins dont dépend leur travail quotidien. En attendant une éventuelle stabilisation des prix, les arbitrages se multiplient entre dépenses courantes, entretien mécanique et besoins des ménages.
Sikngaye Tamaltan Inès & Chakika Payang (stagiaire)












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