Le 27 septembre 2026, le ministre délégué auprès du Vice-Premier Ministre, chargé de la Décentralisation, Dr Ahmat Oumar Ahmat, est intervenu sur Télé Tchad. Il a fustigé les désordres qui ternissent l’image de la capitale. « Nous avons un programme bien défini : servir le peuple tchadien. Nous avons remarqué ces derniers temps des désordres urbains qui prévalent dans la ville de N’Djaména », a-t-il martelé. Face aux interrogations légitimes de la population sur l’absence de gouvernance locale, l’exécutif a décidé de sévir. Cette prise de parole vise à interpeller directement les responsables municipaux, désormais sommés de redresser la situation dans les plus brefs délais. Le constat laisse sans mot. Occupation anarchique des voies publiques, trottoirs transformés en marchés et comportements jugés inappropriés de certains agents de sécurité. La capitale semble vouloir entrer dans une nouvelle phase de régulation stricte pour restaurer l’ordre public et moderniser son visage.
Il est donc temps, puisqu’aucune ville au monde ne peut se développer durablement dans le chaos. L’exigence d’un cadre urbain organisé, propre et sécurisé est, non seulement légitime, mais vitale. Derrière ce tableau sombre se cache une réalité plus profonde, plus structurelle et plus douloureuse : la pauvreté. Ces vendeurs à la sauvette, ces femmes qui vendent à même le sol, ne le font pas par plaisir. Ces jeunes qui lavent des parbrises et ces mendiants qui tendent la main ne le font pas par choix, mais par nécessité. Dans ce contexte, la seule réponse répressive est une illusion. Elle déplacera le problème sans le résoudre. Avant de chasser les vendeurs, des alternatives économiques doivent leur être proposées. Il faut, de même, une politique sociale d’accompagnement avant d’interdire la mendicité.
Quand on renforce les contrôles sans créer des emplois, c’est comme traiter les symptômes en ignorant la maladie. L’enjeu est plus que d’ordre sécuritaire ou esthétique. Il est fondamentalement social, économique et politique. Une ville moderne se construit par la création d’opportunités, l’encadrement et la formalisation du secteur informel et l’aménagement de marchés modernes et accessibles. Mais aussi et surtout par une prise en charge digne des populations vulnérables.
A défaut de prendre le taureau par les cornes, l’ordre instauré sera de courte durée. Ce qui laisse comprendre qu’un ordre imposé sans inclusion est fragile et temporaire. Il ne résistera pas quand les causes demeurent intactes. Tant que la pauvreté restera structurelle, la rue restera un refuge. C’est une loi sociologique implacable. La véritable question ne consiste donc pas à se demander comment faire disparaître ces désordres urbains, mais plutôt comment transformer les conditions sociales qui le rendent inévitable. C’est à cette réponse globale et non à la seule logique de répression, que N’Djaména est confrontée.
La Rédaction










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