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Politique Tchad

Batha : Une province aux moyens réduits

Installé le 26 février 2025 à la tête du Conseil provincial du Batha, Rakhis Ahmat Saleh dresse un tableau contrasté de l’institution qu’il dirige. Si l’élan est bien là, porté par une équipe qu’il qualifie de « dynamique » et « presque au complet », les ambitions affichées se heurtent encore à des contraintes financières persistantes.

« Le conseil se porte parfaitement bien », assure d’entrée le président, évoquant une structure qui « fonctionne » et dont les membres sont déjà actifs sur le terrain. Une affirmation qui traduit une volonté de rassurer sur la mise en place effective de cette institution, née dans le sillage des réformes liées à la décentralisation.

Mais derrière ce fonctionnement jugé satisfaisant, le véritable enjeu reste celui de l’action. Dès leur installation, les membres du Conseil provincial ont engagé un travail de fond. « Nous avons commencé par une évaluation, un état des lieux de la province », explique Rakhis Ahmat Saleh. L’objectif est d’identifier les forces, les faiblesses et les potentialités de la province du Batha afin de mieux orienter les priorités de développement. Dans cette dynamique, le Conseil s’est approprié le plan de développement provincial 2024-2028, élaboré avec l’appui de la Coopération suisse. Un document stratégique qui sert désormais de feuille de route. « Cela appelle de nous un travail de fond pour voir comment mettre en œuvre tous les axes de développement », souligne-t-il.

Pour y parvenir, un plaidoyer a été engagé auprès des partenaires techniques et financiers, Banque mondiale, PNUD, UNICEF, Union européenne ou encore Coopération suisse : « on a écrit à tout le monde », confie le président du Conseil, dans l’espoir de mobiliser des ressources capables de soutenir le développement global de la province.

Parallèlement, l’institution a tenu sa session budgétaire, avec notamment l’adoption du budget 2026. Plusieurs activités de terrain ont également été menées, traduisant une volonté d’ancrer l’action publique au plus près des populations.

Des blocages financiers

Malgré cet activisme, les difficultés restent nombreuses. Et la principale, selon Rakhis Ahmat Saleh, est d’ordre financier. « Pour mener valablement nos activités, il faut avoir les moyens de sa politique », insiste-t-il. Or, les ressources font cruellement défaut. La subvention de l’État, attendue pour 2025, n’a été débloquée qu’en partie. « Ne serait-ce qu’un cinquième nous a permis juste de nous installer », regrette-t-il. Une situation qui perdure en ce début d’année 2026 et qui constitue, selon lui, « un blocage majeur » pour le déploiement des actions sur le terrain.

Le constat est d’autant plus préoccupant que les besoins sont importants. Entre attentes des populations et missions assignées au Conseil provincial, « il y a vraiment beaucoup de chantiers», reconnaît-il, tout en jugeant la subvention actuelle largement insuffisante. À cette contrainte s’ajoute une autre problématique : celle des ressources locales non mobilisées. La province du Batha, pourtant connu pour son potentiel aurifère, ne bénéficie pas des retombées de l’exploitation de l’or.  « Nous devrions recueillir 5% des revenus issus de l’exploitation de l’or mais jusqu’à preuve du contraire, nous n’avons enregistré aucun franc provenant de cette exploitation. Ce, malgré les multiples relances que nous avons faites à l’endroit des sociétés qui exploitent sur le terrain, il y a de la résistance et on ne sait pas exactement ce qui est exploité au niveau local ». Cette situation interroge sur la gouvernance des ressources naturelles et prive la province de moyens financiers essentiels.

Sur le plan local, Rakhis Ahmat Saleh se veut toutefois rassurant. Les relations avec les autorités administratives et la population sont jugées « cordiales », même si les attentes restent élevées. « La population attend beaucoup de nous surtout en termes de services », reconnaît-il. Le Conseil provincial du Batha s’inscrit également dans une dynamique de collaboration avec les autres provinces, à travers l’Association nationale des provinces du Tchad. Un cadre qui favorise les échanges et une certaine complémentarité dans les actions.

Reste que, plus d’un an après son installation, le Conseil provincial évolue encore dans une phase de construction où les ambitions se confrontent aux réalités du terrain. Entre volonté politique, attente des populations et contraintes budgétaires, l’équation reste délicate. Pour Rakhis Ahmat Saleh, président du Conseil provincial du Batha, l’enjeu est désormais de transformer les plans en actions concrètes. Mais sans moyens suffisants, la dynamique enclenchée risque de s’essouffler.

Sikngaye Tamaltan Inès

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