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Politique Tchad

Chari-Baguirmi : La décentralisation à l’épreuve du manque de ressources

Installé dans la dynamique de la décentralisation, le Conseil provincial du Chari-Baguirmi affiche un démarrage actif, porté par des initiatives de terrain et une volonté de proximité avec les populations. Mais comme dans plusieurs provinces, l’élan se heurte rapidement à une contrainte majeure : l’accès aux ressources financières, pourtant annoncées.

Plus d’un an après son installation à la tête de cette institution, Abba Ramat Oudatallah affiche une certaine sérénité quant au fonctionnement. « Le Conseil provincial du Chari-Baguirmi se porte très bien », assure-t-il, saluant l’engagement d’une équipe mobilisée depuis les débuts.

Dans les faits, les premières actions ont été orientées vers l’organisation interne et la prise de contact avec les réalités du terrain. Dès août 2025, le Conseil a tenu sa première assemblée générale consacrée à l’adoption du budget. Dans la foulée, une tournée a été effectuée dans l’ensemble des départements de la province. « On a rencontré les jeunes et les femmes », précise le président, soulignant une volonté d’écoute et d’implication des acteurs locaux. Cette descente sur le terrain s’explique aussi par un héritage institutionnel spécifique. Le Conseil provincial a repris les attributions du comité de gestion des revenus pétroliers du Chari-Baguirmi, à la faveur d’un décret transférant actifs et passifs. Une transition qui impose un regard sur les réalisations passées. « Il y a des chantiers réalisés par l’ancien comité qui ne sont pas encore achevés », constate Abba Ramat Oudatallah.

Du Chari à Dourbali, en passant par Loug-Chari et Baguirmi, les équipes ont ainsi parcouru la province pour évaluer l’état des infrastructures et recueillir les attentes des populations. Une démarche qui s’inscrit dans une logique de continuité, mais aussi de réajustement des priorités.

Des ressources attendues, des projets en suspens

Au-delà de cette dynamique, la réalité budgétaire rattrape rapidement les ambitions. « Les difficultés sont énormes. Sans moyens, on ne peut rien faire », lâche le président du Conseil provincial. Depuis leur installation, les conseils provinciaux n’ont perçu qu’une première tranche de la subvention de l’État, le reste se faisant toujours attendre.

Pour le Chari-Baguirmi, la situation est d’autant plus sensible que la province est censée bénéficier de redevances pétrolières. « Pour l’année passée, on a environ 9 milliards. Mais jusqu’à là, on n’a rien eu », déplore-t-il. Une absence de ressources qui bloque l’achèvement des projets en cours et limite la capacité d’action du Conseil. Dans cette province productrice, ces fonds représentent pourtant un levier stratégique. « Si on a ces moyens, on peut faire beaucoup de choses », insiste Abba Ramat Oudatallah, évoquant les nombreux chantiers en attente.

Mis à part la question financière, le président du Conseil reconnaît l’ampleur de la tâche. «Gérer une province n’est pas facile. C’est large, mais on peut faire avec », relativise-t-il. Pour lui, seul un accompagnement effectif peut rendre la décentralisation pleinement opérationnelle. Sur le plan institutionnel, les relations avec les autorités administratives et les populations sont décrites comme «parfaites ». « On travaille en étroite collaboration. C’est un rapport de complémentarité», assure-t-il. Le Conseil provincial s’inscrit également dans une dynamique nationale de coopération. Avec les autres provinces, les échanges sont fréquents, au point d’avoir conduit à la création d’une Association nationale des provinces du Tchad. « On échange sur nos difficultés et on mène nos combats ensemble », explique Abba Ramat Oudatallah.

Malheureusement, la solidarité institutionnelle seule ne résoudra rien. Sans décaissement effectif des ressources annoncées, les ambitions de développement risquent de rester à l’état de promesses. Dans le Chari-Baguirmi comme ailleurs, la réussite de la décentralisation dépendra moins des intentions que de la capacité à doter les collectivités des moyens réels d’agir. Autrement dit, l’Etat doit leur transférer de manière concomitante les compétences  et les ressources pour leur fonctionnement.

Sikngaye Tamaltan Inès

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