Le mardi 3 mars 2026, la 2ᵉ chambre correctionnelle a examiné une affaire de faux et usage de faux liée au partage des biens du défunt Brahim B. père d’une famille de 19 enfants. À la barre, El Béchir M. est poursuivi pour avoir, selon l’accusation, modifié de manière frauduleuse la répartition successorale au détriment de certains héritiers.
Le décès de Brahim B. survenu en 2017, a laissé derrière lui plusieurs veuves, 19 enfants et un patrimoine composé notamment de concessions louées à des institutions privées et diplomatiques. Afin d’assurer un partage transparent et équitable, la famille avait mis en place un comité de distribution des biens, présidé par El Béchir M.
Une première réunion tenue, le 25 septembre 2017, n’avait pas permis d’aboutir à un consensus en raison de divergences entre héritiers. Il faudra attendre 2021 pour qu’un notaire intervienne et formalise un accord. Des certificats de propriété sont alors délivrés aux héritiers majeurs, ainsi qu’aux mineurs représentés par Abdelkadre A. Le procès-verbal est validé en 2022 par le conseil compétent, actant officiellement le partage.
Mais, en 2023, alors que le dossier semblait clos, El Béchir M. conteste l’équité du partage. Il estime que certains mineurs bénéficient des concessions les plus rentables notamment des sites loués à une entreprise d’alimentation et à une ambassade au détriment des autres héritiers. À l’insu des membres du comité, il aurait sollicité un autre notaire, avec l’appui de son cousin Idriss N., afin d’établir un nouveau procès-verbal de partage. Il est également accusé d’avoir tenté d’obtenir l’aval du conseil islamique en versant la somme de 22 millions de francs CFA à certains conseillers, ce qu’il nie formellement.
C’est au moment où les mineures devenus majeures, réclament la jouissance de leurs biens auprès de leur représentant Abdelkadre A. que l’affaire éclate. Les intéressées découvrent que la répartition aurait été modifiée sans leur consentement.
À la barre, des versions contradictoires
Lors de l’audience, Abdelkadre A. affirme reconnaître uniquement le procès-verbal établi par le premier notaire et assure n’avoir jamais été informé d’une quelconque modification en 2023, alors même qu’il représentait un tiers des héritiers mineurs. Interrogé par le président, El Béchir reconnaît avoir initié une nouvelle procédure, justifiant sa démarche par un souci d’équité. Il soutient, par ailleurs, qu’un procès-verbal de partage peut être modifié dans un délai de dix ans, selon les indications qu’il aurait reçues du conseil islamique.
Le procureur général l’a également interrogé sur les accusations de corruption à hauteur de 22 millions de francs CFA, accusations qu’il rejette catégoriquement. La cour pourrait toutefois ordonner la consultation des dossiers du conseil islamique dans le cadre de l’instruction.
Autre point de discorde est qu’El Béchir M. affirme avoir remis en 2023 la somme de 100 millions de francs CFA à Abdelkadre A. au titre successoral des mineurs. Ce dernier précise que la somme évoquée correspondrait plutôt aux revenus locatifs d’un site commercial, déjà attribués de droit aux héritières concernées.
Face à ces déclarations contradictoires, la cour a décidé de renvoyer l’audience au 17 mars 2026 pour réquisitions.
Ngonmadje Chancel












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