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Justice

Chronique judiciaire : Une affaire de double dot devant la cour d’appel

L’audience du jeudi 5 mars 2026, de la première chambre correctionnelle de la cour d’appel de N’Djaména a été le théâtre d’un récit singulier, mettant en lumière les dérives de la polyandrie de fait et les litiges liés à la dot. Entre accusations d’adultère, complicité et demandes de remboursement d’une somme astronomique, l’affaire oppose un mari éconduit à une épouse déjà réinstallée dans un nouveau foyer.

Tout commence par une idylle classique. Le prévenu, un homme ayant perdu son père et élevé par son oncle, tombe sous le charme d’une jeune femme. Soucieux de respecter les traditions, il sollicite son oncle comme garant pour officialiser l’union. Ensemble, ils se rendent chez le père adoptif de la jeune femme. Ce dernier les informe d’un détail crucial : la jeune fille avait déjà fait l’objet d’une dot par un premier prétendant, lequel s’est finalement désisté. Sans hésiter, le prévenu propose de rembourser cette dot initiale s’élevant à 200 000 FCFA. L’accord est scellé et le couple s’installe en province où naîtra un enfant de cette union. Comme dans de nombreux foyers, les disputes éclatent, l’épouse quitte le domicile conjugal pour se réfugier chez son père. Ce qui ne devait être qu’un séjour temporaire se prolonge. Inquiet, le mari tente une médiation pour ramener sa femme, c’est alors qu’il tombe des nues, son beau-père lui annonce froidement que sa femme a été à nouveau dotée par un autre homme et qu’elle est déjà enceinte des œuvres de ce dernier.

L’affaire s’est alors déportée sur le terrain judiciaire ; alors que le beau-père se retrouvait en prison pour une cause annexe, le prévenu a tenté de reprendre « sa » femme de force, tout en portant plainte pour obtenir réparation. Le juge en première instance a été strict, ordonnant au prévenu de ramener la femme chez son nouveau mari, au motif qu’elle porte l’enfant de ce dernier.

La partie civile, représentée par le nouveau camp, exige une peine de six mois d’emprisonnement et réclame 1 500 000 FCFA d’amende ainsi que 1 150 000 FCFA de dommages et intérêt contre le prévenu et le retour de la femme dans son nouveau foyer. Mécontent de cette décision qui le prive de son épouse sans compenser ses pertes, le prévenu a interjeté appel, les demandes financières ont alors explosé (22 millions et 600 milles de la part de la femme), transformant le litige sentimental en un gouffre financier. La partie civile exige également la restitution immédiate de tous les biens matériels que le prévenu détiendrait encore de son précédent mariage avec la femme.

Les enjeux du délibéré

Le moment fort de l’audience a été l’échange entre le président de la cour et le prévenu. A la question de savoir s’il souhaitait reprendre son épouse, ce dernier a répondu avec amertume : « Même si je le voulais, ce ne serait plus possible, car elle porte déjà l’enfant d’un autre homme. ». Le juge de première instance ayant ordonné le retour de la femme chez son nouveau mari en raison de sa grossesse, le dossier reste en suspens. La cour devra trancher ce dilemme qui bouscule les codes sociaux et juridiques.

L’enjeu de cette affaire dépasse le simple cadre de l’adultère. Elle pose la question de la validité d’un second mariage alors que le premier n’a pas été légalement ou traditionnellement dissout (remboursement de la dot initiale). Le tribunal devra trancher sur la responsabilité du père adoptif, qui semble avoir perçu deux dots pour la même femme et sur la réalité des investissements de 22 millions revendiqués par le premier mari. L’affaire a été mise en délibéré et le verdict final est attendu pour le 2 avril 2026.

Dédjébé Gniyei Achta Winnie

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