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Justice

Chronique judiciaire : Noyade ou homicide ?

Sous le regard attentif de la Cour d’appel de N’Djaména, siégeant en sa troisième chambre correctionnelle, une affaire aussi bouleversante que complexe est venue rappeler, lors de l’audience du 2 avril 2026, combien un simple jeu d’enfants peut basculer en tragédie et soulever de profondes interrogations sur la responsabilité et la quête de justice.

Les faits remontent à un après-midi ensoleillé dans la localité de Massaguet dans la province du Hadjer-Lamis. Ce jour-là, six jeunes d’un même quartier s’étaient retrouvés au bord d’une rivière, un lieu qu’ils fréquentaient régulièrement pour se divertir et se rafraîchir. Livrés à eux-mêmes, sans surveillance d’adultes, ils se sont aventurés dans l’eau. Ce moment d’insouciance s’est rapidement transformé en drame.

Au cours de la baignade, l’un des enfants, fils de Noun A., surpris par la profondeur et la force du courant, a été emporté par les eaux. Malgré les tentatives désespérées de ses camarades pour lui porter secours, il a disparu. Alertés, les autorités locales et des pêcheurs ont entrepris des recherches. Le corps sans vie de l’enfant ne sera retrouvé que deux jours plus tard, plongeant sa famille dans une douleur profonde.

Convaincu que ce drame aurait pu être évité, le père de la victime soutient une thèse bien plus grave. Selon lui, son fils aurait été tué avant d’être jeté dans la rivière. C’est dans cette optique qu’il a porté plainte contre deux des jeunes présents, Khalil T. et Yaya T., qu’il accuse de meurtre.

Saisi de l’affaire, le juge de paix de Massaguet a ordonné une autopsie afin de déterminer les causes du décès. Les premiers résultats ont conclu à une noyade. Il a également été recommandé le versement d’une « dia ». Insatisfait de cette conclusion, le plaignant a interjeté appel devant le tribunal de grande instance de N’Djaména. À la barre, les débats se sont révélés particulièrement complexes. Une seconde autopsie est venue semer le doute, évoquant la possibilité d’un étranglement préalable avant l’immersion du corps.

Face à ces conclusions contradictoires, les deux prévenus maintiennent leur version des faits. Ils affirment qu’un pêcheur leur avait pourtant recommandé de ne pas s’éloigner en raison de la profondeur de la rivière, mais que leur ami n’a pas tenu compte de cet avertissement. Ils rejettent toute intention criminelle, insistant sur les liens d’amitié qui les unissaient à la victime.

Malgré ces déclarations, Noun A. reste convaincu de leur culpabilité. Il conteste la première autopsie, qu’il estime falsifiée pour disculper les prévenus, et accorde foi à la seconde expertise. Sa détermination, mêlée de douleur et de colère, a conduit le juge à lui demander ses attentes dans cette affaire. En réponse, il a réclamé une compensation de 20 têtes de dromadaires pour chacune des personnes présentes aux côtés de son fils.

Le Ministère public, pour sa part, a soutenu la décision initiale rendue à Massaguet, considérant qu’il s’agit d’un accident. Il a souligné que la victime n’avait pas été contrainte d’entrer dans l’eau et que les jeunes avaient été avertis des dangers liés à la profondeur de la rivière.

Au regard de la complexité du dossier et des contradictions entre les expertises, la cour a décidé de renvoyer le délibéré au 16 avril 2026.

Ngonmadje Chancel

 

 

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