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Société Tchad

Cimetière de Toukra : Quand les enfants envahissent les lieux

En pleine canicule, le cimetière de Toukra, situé dans le 9ème arrondissement, devient un lieu de petits commerces. Parfois âgés de moins de 12 ans, ces enfants y vendent de l’eau, des gâteaux, des œufs et autres pour aider leurs familles. Un quotidien qui soulève de questions sur le respect des lieux sacrés.

Le cimetière de Toukra est un lieu chargé d’histoire et de traditions. Mais ces dernières années des pratiques peu orthodoxes se passent dans cet espace sensible. De nombreux mineurs, filles et garçons, fréquentent ce site pour des raisons variées notamment pour des motivations économiques.

Nadège L., 11 ans, assise sur une tombe, toute épuisée, une glacière d’eau devant elle, explique que c’est depuis 3 ans qu’elle vend de l’eau, les mangues et les œufs dans ce cimetière.   Elle confie que sa mère n’a pas de moyens pour l’inscrire à l’école et la vente d’eau glacée au cimetière leur permet de joindre les bouts. « Moi je ne fréquente pas, ma mère n’a pas d’argent pour m’inscrire à l’école, elle m’encourage dans ce travail pour gagner un peu d’argent pour nous », explique-t-elle. La petite fille souligne qu’elle n’est pas la seule à exercer cette activité ses frères et sœurs que vendent aussi. H. Beauséjour, âgé de 12 ans, lui vend de l’eau glacée. Le jeune homme hèle toutes les personnes pour leur proposer de l’eau en sachet.  « Moi de retour de l’école, j’aide ma mère à vendre », dit-il d’une voix tremblante. Céline Fayangou mère du jeune Beauséjour, affirme exercer ce petit commerce depuis 2020 pour subvenir aux besoins de sa famille.

Ce phénomène met en lumière, un malaise profond, l’insécurité sociale qui pousse des familles à envoyer leurs enfants dans des lieux inappropriés, sans encadrement ni protection. « Ces enfants n’auront pas une bonne éducation. Je parle en tant que génitrice. Même nous, les grandes personnes, avons peur de ce lieu, pourquoi envoyer les enfants à vendre dans ces conditions pénibles et sans hygiène des nourritures », déplore Helkana Guirbé, rencontrée au cimetière de Toukra.

Pour le gardien du cimetière de Toukra, Zakaria, à peine renvoyer, ces enfants nous contournent pour entrer dans la foule pour vendre, sans avoir du respect pour les morts. Vraiment, nous sommes dépassés. « On craint aussi de faire du mal aux enfants des pauvres qui se débrouillent. Que les parents prennent leur responsabilité », dit-il.

Pour le sociologue Arnaud Ndjilmbaye, ces activités menées par les mineurs au sein du cimetière traduisent d’abord une économie de survie. Selon lui, les enfants concernés proviennent généralement de milieux socialement vulnérables, leur présence au cimetière n’est pas un choix culturel, cela entraine plusieurs conséquences notamment la déscolarisation ou l’absentéisme scolaire, socialisation précoce au monde de travail et les risques d’exploitation ou de violence. Le sociologue soutient que la présence de ces enfants au cimetière ne doit pas être analysée uniquement sous l’angle moral ou émotionnel.

Kaltouma Nailar

 

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