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Circulation à contresens : L’incivisme qui coûte des vies

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Depuis la construction des viaducs dans la capitale en 2014, les habitudes de certains usagers de la route ont évolué, mais pas toujours dans le bon sens. Sur plusieurs axes de N’Djaména, notamment entre le rond-point de Dembé et le Palais des Arts et de la Culture, de nombreux conducteurs empruntent régulièrement le sens inverse de circulation. Une pratique dangereuse qui provoque des embouteillages et contribue à de nombreux accidents.

En 2014, le gouvernement a lancé la construction de plusieurs viaducs à des carrefours stratégiques de la capitale. Ces infrastructures ont pour objectif de fluidifier la circulation sur les principaux axes urbains. Pourtant, sur le terrain, le constat est tout autre.

Pour certains usagers, les aménagements mis en place constituent davantage une contrainte qu’un avantage. C’est particulièrement le cas sur le tronçon reliant le Palais des Arts et de la Culture au rond-point de Chagoua, l’un des axes les plus fréquentés de la ville. Afin d’éviter les détours imposés par la configuration des voies, de nombreux conducteurs choisissent d’emprunter le sens interdit, mettant ainsi en danger leur propre vie et celle des autres.

Madjimbaye G., conducteur de moto-taxi, reconnaît avoir souvent enfreint les règles de circulation lorsqu’il était pressé. « Mes collègues conducteurs de moto-taxi et moi-même avons souvent des problèmes avec la police. Il m’arrive parfois de payer des amendes de 1 000 ou 2 000 FCFA », confie-t-il. Madjimbaye G., raconte avoir failli renverser une vieille femme sur cet axe, il y a quelques jours. Une expérience qui l’a convaincu d’abandonner cette pratique. Selon lui, plusieurs de ses collègues continuent néanmoins d’ignorer le code de la route.

Les motocyclistes ainsi que les transporteurs de marchandises, notamment les conducteurs appelé « pousse-pousse », empruntent fréquemment le sens inverse afin d’éviter de longs détours. Chargés de marchandises destinées aux agences de voyage de Karkandjié, ces derniers perturbent régulièrement la circulation. « Je ne peux pas faire un long détour avec tout ce que je transporte. Mes clients refusent souvent de payer le supplément que cela implique », explique Ahmat, transporteur.

Un système informel qui encourage l’infraction

Au fil du temps, une activité parallèle s’est développée autour de ces comportements à risque. Des groupes de jeunes se sont organisés pour aider les motocyclistes à franchir les séparateurs de voies en échange de 100 à 250 FCFA. « Nous sommes trois à soulever les motos au-dessus du mur de séparation pour les faire passer de l’autre côté. C’est notre travail quotidien », raconte Brahim.

En choisissant cette solution de facilité, certains usagers évitent les itinéraires réglementaires et prennent des risques considérables. Les agents du Groupement de Sécurité Routière (GSR), chargés de faire respecter les règles de circulation, peinent à endiguer le phénomène. Certes, des opérations de contrôle sont parfois menées conjointement avec les agents municipaux, mais elles demeurent insuffisantes face à l’ampleur du problème. Les infractions ne concernent pas uniquement les citoyens ordinaires. Des hommes en uniforme sont également régulièrement aperçus circulant à contresens, malgré les risques évidents que cela représente.

Ce manque de contrôle favorise également certaines formes d’escroquerie. Des vendeurs de cigarettes installés le long de l’axe Diguel-Dembé rapportent qu’un citoyen lambda, surpris en circulation à contresens il y a quelques semaines, a été intercepté par un individu se présentant comme gendarme près de la Maison nationale de la Femme. Sa moto a été emportée et il n’a jamais retrouvé ni son engin ni la personne qui l’avait arrêté.

Le phénomène de la circulation à contresens ne se constate pas sur cet axe seulement. Il est observé dans plusieurs arrondissements de N’Djaména, notamment sur les grandes avenues bitumées. Même le pont de la Refondation, récemment inauguré, n’échappe pas à cette pratique.

Sensibiliser pour changer les comportements

Pour la directrice générale de l’Office national de la sécurité routière (ONASER), Dr Zam Zam Ahmat Karambal, cette situation résulte principalement du non-respect du code de la route, du manque de civisme et de la volonté de certains conducteurs de gagner du temps. Selon elle, la lutte contre ce phénomène doit reposer sur une approche globale combinant sensibilisation, amélioration de la signalisation routière et renforcement des contrôles.

L’ONASER recommande notamment d’intensifier les campagnes de communication sur les dangers de la circulation à contresens, de renforcer la présence des panneaux de signalisation afin d’indiquer clairement les sens de circulation et de travailler étroitement avec les forces de l’ordre pour appliquer les sanctions prévues par la réglementation.

Faire un détour peut prendre quelques minutes. En revanche, un accident peut avoir des conséquences irréversibles. Respecter le sens de circulation est avant tout un acte de responsabilité, de discipline et de civisme.

Kaltouma Nailar

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