Afin d’améliorer l’accès aux soins de sa population, le Tchad avait lancé le processus de Couverture santé universelle (CSU) en 2014, qui a conduit à l’adoption de la Stratégie nationale de protection sociale en 2015. Plusieurs autres mécanismes ont ensuite été mis en place, mais le système de santé reste fragile.
La couverture santé universelle constitue un pilier de l’Objectif de développement durable 3 (ODD 3). Elle vise à garantir que toutes les personnes, en particulier les plus vulnérables, puissent accéder à des soins de santé de qualité, sans subir de difficultés financières liées à leurs revenus. Des ateliers, formations et séminaires ont été organisés, aboutissant à l’adoption de la Stratégie nationale de la couverture santé universelle en 2015, ainsi qu’à la création de la Caisse nationale d’assurance santé (CNAS) en 2020 (loi n°026/PR/2020 du 31 décembre 2020). Cependant, malgré la volonté des autorités, les défis persistent.
Selon une enquête SARA (Service Availability and Readiness Assessment), réalisée en 2015 mais toujours pertinente aujourd’hui, la population tchadienne rencontre de nombreuses difficultés d’accès aux services de santé. Les infrastructures et équipements sanitaires sont souvent vétustes et insuffisants. Les populations rurales sont particulièrement défavorisées et ont difficilement accès aux soins. Les résultats de cette enquête indiquent une faible disponibilité des infrastructures sanitaires, estimée à 10,20 % au niveau national, ainsi qu’un faible taux de personnel de santé (13,80 %), contre une forte concentration à N’Djaména (82,96 %).
Au Tchad, les principales maladies sont le paludisme, les infections respiratoires aiguës, les maladies diarrhéiques, les traumatismes, les infections cutanées et la malnutrition chronique, touchant particulièrement les femmes et les enfants. Le taux de mortalité maternelle reste très élevé, avec 856 décès pour 100 000 naissances vivantes. Cette situation s’explique notamment par le manque de centres de santé de proximité, qui limite le suivi prénatal des femmes enceintes. Ces dernières années, en raison de facteurs socioéconomiques et sanitaires, les maladies non transmissibles telles que le diabète, l’hypertension artérielle, les cancers et les maladies cardiovasculaires prennent également de l’ampleur au Tchad.
9 886 personnes prises en charge par la CNAS
Selon Sing-Yabé Barnabas, directeur général de la Caisse nationale d’assurance santé (CNAS), la couverture santé universelle constitue une réforme majeure du système de santé tchadien. Selon lui, la vision du Tchad en matière de couverture santé universelle vise, d’ici 2030, à garantir un accès équitable, sans discrimination et sans difficulté financière, à des soins de qualité pour l’ensemble de la population. « À travers la loi n°035/PR/2019 du 15 août 2019, l’État a institué trois régimes de couverture santé universelle. L’opérationnalisation a commencé par le régime 3, destiné aux personnes économiquement démunies. Le dispositif repose sur trois acteurs principaux : les prestataires de soins (les structures sanitaires), les bénéficiaires et la Caisse nationale d’assurance santé chargée de la mise en œuvre », a-t-il expliqué.
Il précise que la CNAS prend en charge l’ensemble des frais de soins des bénéficiaires, sans aucun paiement direct de leur part. « Ce mécanisme facilite l’accès aux soins pour les populations vulnérables. Nous avons procédé au ciblage et à l’identification des personnes économiquement démunies. Au total, 40 233 personnes ont été enregistrées dans trois districts sanitaires pilotes : Abéché (Ouaddaï), Bongor (Mayo-Kebbi Est) et Danamadji (Moyen-Chari). Actuellement, 9 886 personnes sont effectivement prises en charge dans ces districts», a-t-il ajouté.
Cependant, plusieurs défis subsistent, notamment l’insuffisance de médicaments, le manque de personnel qualifié et la faiblesse des infrastructures sanitaires. La plupart des formations sanitaires restent sous-équipées et disposent d’un personnel limité. « L’enrôlement se poursuit. Les défis concernent la mobilisation des ressources, le renforcement de l’offre de soins, la disponibilité des médicaments et la qualité des services. Un autre enjeu important est l’appropriation du projet par les communautés », a conclu Sing-Yabé Barnabas.
Le régime 3 de la couverture santé universelle concerne les personnes économiquement démunies, le régime 2 s’adresse au secteur libéral, tandis que le régime 1 est destiné aux salariés du secteur public et privé.
Kary Amadou












Ajouter un commentaire