Au moment où la décentralisation prend progressivement forme au Tchad, le Conseil provincial du Wadi-Fira, peine à répondre aux attentes des populations locales. Confronté à de nombreux défis, notamment financiers et structurels, mais animé d’une réelle volonté d’agir, son président, Mahamat Macki Adam, revient sur les actions engagées et présente les perspectives de développement de la province.
Le président du Conseil provincial affirme que la reprise des activités est intervenue à la fin de l’année 2025, dans un contexte économique difficile. « Le Conseil évolue au rythme du pays, avec un accent particulier sur la proximité avec la population », souligne-t-il. Située à l’Est du Tchad et frontalière du Soudan, la province du Wadi-Fira se distingue par son étendue et sa configuration administrative particulière. Elle compte sept départements, ce qui en fait l’une des provinces les plus vastes et complexes à administrer.
Dès son installation, un plan d’action stratégique et opérationnel a été élaboré afin d’identifier les besoins prioritaires des populations. Les principaux défis concernent l’accès à l’eau potable, les services sociaux de base, les infrastructures routières, ainsi que les secteurs de la santé et de l’éducation. Dans le domaine de l’éducation, des efforts ont été engagés pour pallier le manque d’enseignants. Le Conseil provincial a inscrit dans son budget le recrutement de nouveaux enseignants afin de renforcer les capacités du système éducatif local. Une démarche similaire est envisagée dans le secteur de la santé, avec un accent particulier sur le recrutement du personnel local, notamment parmi les jeunes diplômés de la province.
L’accès à l’eau demeure l’une des préoccupations majeures. Face à la récurrence des pénuries, notamment dans le chef-lieu Biltine, un comité a été mis en place en collaboration avec les autorités administratives. Cette structure a permis d’identifier plusieurs dysfonctionnements, notamment des actes de vandalisme sur les installations hydrauliques. Les premières mesures engagées ont déjà permis d’améliorer l’accès à l’eau dans certaines zones.
Au-delà des urgences sociales, le Conseil provincial entend également promouvoir la cohésion sociale et le vivre-ensemble. Une consultation citoyenne provinciale est envisagée afin de recueillir les préoccupations de toutes les couches de la population et d’élaborer des réponses concertées. La jeunesse et les femmes, considérées comme des piliers du développement local, occupent une place centrale dans cette dynamique.
Contraintes budgétaires et perspectives de développement
Le Wadi-Fira dispose d’importantes potentialités économiques, notamment dans les domaines de l’agriculture et de l’élevage. Certaines zones, comme Dar Al Fawaki, sont reconnues pour leur production fruitière. Toutefois, ces richesses restent encore sous-exploitées. Le Conseil provincial ambitionne de transformer ces secteurs en véritables leviers de croissance, à travers des investissements ciblés et une meilleure organisation des filières.
Malgré ces ambitions, les moyens financiers constituent un obstacle majeur. Le budget alloué à la province, principalement issu des subventions de l’État, demeure insuffisant pour couvrir l’ensemble des besoins. À cela s’ajoute la faiblesse des recettes locales, encore peu structurées. Les autorités provinciales envisagent, à terme, la mise en place d’un « budget citoyen » afin de mieux répondre aux attentes des populations.
Les difficultés logistiques liées à l’étendue du territoire et au mauvais état des routes compliquent également la mise en œuvre des actions. L’accessibilité de certaines localités reste un défi important. Sur le plan institutionnel, les relations entre le Conseil provincial et la délégation générale du gouvernement sont jugées harmonieuses. Cette collaboration étroite permet une meilleure coordination des actions et renforce la confiance des populations.
Au niveau national, le Conseil provincial du Wadi Fira s’inscrit dans une dynamique de coopération avec les autres provinces à travers une plateforme commune, l’Association nationale des provinces du Tchad (ANPT), favorisant les échanges d’expériences et les initiatives de développement. En dépit des nombreuses contraintes, les autorités provinciales demeurent déterminées à faire de la décentralisation un levier concret de développement au service des populations locales.
Billah Adoum Hassan












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