Depuis la nuit des temps, les conflits accompagnent l’histoire de l’humanité. Ils naissent des divergences d’intérêts, évoluent puis finissent, tôt ou tard, par trouver une issue. C’est le propre des sociétés humaines. Pour préserver la paix et le vivre-ensemble, les hommes ont toujours privilégié le dialogue, autour d’une table de négociation ou, sous l’arbre à palabres, afin de résoudre leurs différends.
Mais il existe une catégorie d’individus dont l’attitude est bien plus dangereuse que le conflit lui-même : ceux qui attisent les tensions, alimentent les divisions et transforment les drames en opportunités. Au Tchad, certains ont fait des conflits dits « agriculteurs-éleveurs » un véritable fonds de commerce, au mépris de la vérité et de la cohésion sociale.
Aujourd’hui, l’expression « conflit agriculteurs-éleveurs » est utilisée avec une facilité déconcertante. À la moindre altercation entre deux personnes appartenant à des communautés différentes, l’étiquette est aussitôt collée, sans la moindre vérification. Pourtant, de nombreux incidents naissent dans un marché, un débit de boisson, ou un autre lieu public, sans aucun rapport avec une activité agricole ou pastorale. Il s’agit souvent de différends purement individuels qui, par un dangereux raccourci, sont présentés comme des affrontements communautaires.
Cette confusion est malheureusement entretenue par certains médias et relais sur les réseaux sociaux, davantage préoccupés par la course au scoop que par le respect des règles élémentaires du journalisme. Publier avant de vérifier est devenu une habitude. Le recoupement des informations, la consultation des autorités locales et des témoins crédibles sont trop souvent dilués sur le compte de la rapidité. Or, une information inexacte peut avoir des conséquences dramatiques lorsqu’elle attise les peurs et les ressentiments.
L’incident survenu le vendredi le 26 juin 2026, au marché hebdomadaire de Boudo-Mandal, dans la province de la Tandjilé, en est une parfaite illustration. Alors qu’il s’agissait, selon les autorités locales, d’un différend opposant deux individus, plusieurs publications sur les réseaux sociaux l’ont immédiatement présenté comme un conflit entre agriculteurs et éleveurs. Face au risque d’embrasement, le chef de canton de Boudo-Mandal, Gueblé Kobou Kali Jonas, est intervenu pour rétablir les faits et appeler au calme. Sans cette mise au point, la situation aurait pu dégénérer et provoquer des violences aux conséquences incalculables.
Les mots ont un poids. Les informations diffusées sans précaution peuvent tuer autant que les armes. C’est pourquoi, les journalistes, les influenceurs et tous les acteurs de la communication portent une responsabilité majeure. Informer ne consiste pas à amplifier les rumeurs, mais à établir les faits avec rigueur, impartialité et responsabilité.
Au Tchad, la paix est une denrée précieuse. Elle ne doit pas être sacrifiée sur l’autel du sensationnalisme ou des intérêts égoïstes particuliers. Il est temps que chacun assume sa responsabilité. Les conflits existent, certes, mais les mensonges, les amalgames et les manipulations qui les aggravent sont des choix. Et ces choix doivent cesser.
Il est temps de privilégier la vérité à la rumeur, les faits à l’émotion et la responsabilité au sensationnel. C’est à ce prix que nous préserverons la cohésion tant recherchée.
La Rédaction












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