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Editorial

Éditorial : Bâtir la souveraineté nationale

La souveraineté n’est pas un mot. C’est un exercice quotidien. C’est la capacité d’un État à décider pour lui-même, à se financer par lui-même, à tracer son destin sans demander l’autorisation. Or, force est de constater qu’au Tchad comme dans bien des pays du Sud, cet exercice se heurte à une réalité : la dépendance structurelle aux institutions de Bretton Woods, le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale. Peut-on, dans ces conditions, prétendre bâtir une souveraineté nationale? Ces institutions ont, à certains égards, stabilisé des économies au bord du gouffre. Elles apportent des liquidités, une expertise technique, une crédibilité sur les marchés. Mais à quel prix ? Au prix de conditionnalités qui s’imposent aux choix budgétaires, d’agendas définis ailleurs et d’un rapport de force inégal où le pays emprunteur arrive en position de demandeur. À force de courber l’échine pour obtenir un décaissement, de réformer sous injonction, de justifier chaque ligne budgétaire, l’État finit par déléguer la maîtrise de sa politique économique et sociale. Et une souveraineté déléguée n’est plus une souveraineté.

 Pour autant, prôner une rupture immédiate et totale relèverait de la démagogie. Aucun État ne peut se passer du jour au lendemain des financements extérieurs sans plonger sa population dans la récession, l’inflation et la pénurie. Le Tchad a des besoins immédiats : payer les fonctionnaires, financer la santé, l’éducation et la sécurité. Bretton Woods reste, pour l’heure, un passage obligé. Le dénier serait faire preuve d’irresponsabilité. La question n’est donc pas de savoir s’il faut rompre. Elle est de savoir comment ne plus dépendre.

Bâtir la souveraineté, c’est d’abord bâtir les ressources propres. Cela suppose une fiscalité plus juste, une lutte implacable contre la fraude, une meilleure valorisation de nos ressources : pétrole, or, coton, élevage, agriculture. Un État qui se finance lui-même parle plus fort. Il se présente à la table des négociations avec un projet. Il ne subit pas le programme du FMI, mais en propose et demande un appui pour le réaliser. La souveraineté commence quand on cesse d’être un élève et qu’on devient un partenaire. La Banque Africaine de Développement, les coopérations bilatérales, les investisseurs privés, la diaspora : avoir des alternatives, c’est avoir de la dignité.

La souveraineté se conquiert. Les institutions de Bretton Woods ne sont ni des bienfaitrices, ni des prédatrices. Ce sont des outils. Le problème n’est pas l’outil, mais la main qui le tient et la stratégie qu’elle poursuit. On ne bâtira pas une nation souveraine en tendant éternellement la sébile. On la bâtira le jour où, grâce au travail et à la rigueur, le pays  pourra dire “non” sans trembler. C’est à ce prix que la souveraineté cessera d’être un slogan pour devenir une réalité.

La Rédaction

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ATPE

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