Les conflits intercommunautaires qui se multiplient ces derniers temps dans plusieurs provinces du pays constituent une menace sérieuse pour la cohabitation pacifique, la cohésion sociale, la stabilité et la paix. Dans ces affrontements, il y a plusieurs vies brisées, des familles endeuillées, des biens détruits, et surtout, des blessures communautaires qui peuvent mettre des années à se cicatriser. Face à cette situation préoccupante, la responsabilité de l’État est pleinement engagée. Il ne suffit plus de condamner et d’appeler le médecin après la mort.
L’État doit être capable d’anticiper les tensions, d’identifier les foyers de conflit et d’intervenir avant que les différends ne se transforment en affrontements meurtriers. La prévention doit désormais être au cœur de la politique de gestion des conflits intercommunautaires. Dans un État laïc, l’administration doit rester au-dessus des appartenances communautaires, religieuses, familiales et politiques. Elle ne peut être l’administration d’une communauté contre une autre. Sa neutralité doit donc être un principe fondamental, permanent et non négociable. Dès lors qu’une communauté a le sentiment que l’État prend parti, protège certains intérêts ou ferme les yeux sur certains abus, la confiance dans les institutions s’effrite.
C’est précisément cette perception d’une justice à géométrie variable qui constitue l’un des dangers les plus préoccupants. Dans un Etat de droit, aucun citoyen ne devrait être placé au-dessus de la loi en raison de son influence, de son statut social, de ses relations ou de son appartenance familiale. L’autorité de l’État ne peut être crédible que si la loi s’applique à tous, sans distinction. L’État intervient financièrement pour régler certaines situations, tandis que d’autres victimes ou communautés ont le sentiment d’être abandonnées. Une intervention publique peut certes être nécessaire pour contribuer à l’apaisement, mais elle doit reposer sur des règles claires, transparentes et équitables. L’État ne doit pas donner l’impression que la valeur d’une vie varie selon l’identité communautaire.
S’agissant de la gestion des conflits, elle ne doit pas davantage se limiter à des cérémonies de réconciliation organisées après les affrontements à l’exemple des pactes de non-agression et des engagements formels entre les parties. Souvent, la délégation gouvernementale dépêchée pour résoudre les conflits se contente de compter les morts, d’évaluer les dégâts, de prononcer des discours d’apaisement et soutenir financièrement les parents des victimes. Cette pratique d’assistance financière via l’Etat encourage d’autres communautés à commettre des actes meurtriers et attendent que la « Dia » et les dommages soient payés par l’Etat.
Dans ces conflits répétitifs, la justice doit pouvoir exercer ses prérogatives en toute indépendance, sans pression ni ingérence des responsables politiques. Les auteurs présumés de crimes et de violences doivent répondre de leurs actes devant la justice, quels que soient leur communauté, leur position sociale, leur rang ou leurs relations. La paix ne se décrète pas, dit-on. Elle ne doit pas être effective aussi dans la gestion ponctuelle et inégale des conflits. L’Etat doit traiter chaque communauté avec la même dignité et la même rigueur. Sinon, l’injustice nourrit la vengeance et continue à endeuiller les Tchadiens.
La Rédaction












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