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Éditorial : La recherche scientifique sommeille

Un enseignant-chercheur n’est pas seulement un dispensateur de cours. Il est aussi un producteur de connaissances, un analyste des problèmes de société et, idéalement, un acteur de la recherche de solutions aux défis du pays. Au Tchad, cette deuxième mission reste pourtant largement en retrait. Le paradoxe est saisissant. Le pays dispose d’enseignants-chercheurs dans presque toutes les disciplines, telles que la médecine, l’agronomie, l’environnement, les sciences sociales, l’économie, le droit, l’informatique, les sciences fondamentales, etc. Pourtant, les résultats de cette importante communauté scientifique restent encore trop peu visibles dans le débat public et dans la résolution des problèmes concrets auxquels le pays est confronté.

Le Tchad fait face à des maladies saisonnières connues depuis des décennies, comme le paludisme, dont les conséquences sanitaires demeurent considérables. Il fait face à des problèmes récurrents d’accès à l’eau, d’assainissement, de nutrition, de production agricole, de changement climatique, d’urbanisation ou encore de gestion des ressources naturelles. Sur nombre de ces questions, les universités devraient être de véritables laboratoires de solutions. Or, une question demeure à l’esprit : où sont les résultats de nos recherches ?

Il serait toutefois injuste de faire porter toute la responsabilité aux seuls enseignants-chercheurs. La recherche scientifique ne se décrète pas. Elle exige des laboratoires fonctionnels, des équipements, des bibliothèques, des bases de données, un accès aux publications scientifiques internationales, des financements pour les enquêtes de terrain, des possibilités de mobilité scientifique et surtout un financement régulier des projets. Une étude du ministère de l’enseignement supérieur et à la recherche au Tchad recensait 1 805 enseignants-chercheurs et chercheurs en décembre 2022, dont seulement 30 chercheurs.  Mais disposer de milliers d’universitaires ne signifie pas automatiquement disposer d’une recherche performante. Encore faut-il leur donner les moyens de produire.

Un enseignant-chercheur qui ne publie jamais, ne participe pas aux colloques scientifiques, ne produit aucun ouvrage, ne développe aucun projet de recherche et ne contribue à aucune revue scientifique peut difficilement prétendre remplir pleinement sa mission.

Le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la Formation professionnelle, Dr Sitack Yombatina, l’a d’ailleurs rappelé lors de l’ouverture de la réunion du Directoire 2026 en appelant les enseignants-chercheurs à accroître leur production scientifique et à contribuer davantage à la production de connaissances utiles au développement du pays. Cette interpellation est salutaire. Mais elle doit être accompagnée d’une politique publique cohérente. On ne peut pas demander à un chercheur tchadien de produire au niveau international tout en lui offrant des conditions de travail qui ne répondent pas aux exigences minimales de la recherche contemporaine. L’État doit donc financer les laboratoires, moderniser les équipements, soutenir les écoles doctorales, faciliter l’accès aux revues scientifiques, financer les projets compétitifs et encourager les partenariats avec les universités étrangères et les centres de recherche.

Le ministère dispose d’une Direction de la recherche scientifique chargée de concevoir et de coordonner la politique nationale de recherche, de suivre les programmes scientifiques et de promouvoir les enseignants-chercheurs.  Il faut passer d’une logique administrative de gestion des chercheurs à une véritable politique nationale de financement et d’évaluation de la recherche.

 La Rédaction

 

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ATPE

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