Généralement, au début du mois de septembre, le monde rural commence à avoir une idée plus précise de ce que sera la récolte. Les champs prennent forme, les paysans observent le ciel avec attention et les premières pluies de mois de juin permettent d’espérer une saison agricole plus ou moins satisfaisante. Mais cette année, les certitudes tardent à venir. Et l’inquiétude gagne du terrain.
Du Tchad profond, les signaux d’alerte se multiplient. Dans plusieurs localités, les pluies se font attendre ou restent insuffisantes pour permettre aux cultures de se développer normalement. Pour des milliers de familles rurales qui dépendent essentiellement de l’agriculture et de l’élevage, cette situation n’est pas un simple aléa climatique : elle peut rapidement devenir une menace pour leur survie.
À Abéché, comme à Biltine, Ati et dans d’autres localités, des prières collectives ont été organisées pour implorer Allah d’ouvrir les vannes du ciel. Ces rassemblements religieux traduisent une réalité profonde. Lorsque la pluie devient rare, l’espoir se tourne vers le ciel, mais l’État doit, lui aussi, regarder la réalité en face. Et le phénomène ne concerne pas uniquement le nord et le centre du pays. Même le Sud, traditionnellement considéré comme le grenier agricole du Tchad, donne aujourd’hui des raisons de s’inquiéter. L’exemple de Kélo est particulièrement révélateur. Face au retard prolongé des précipitations, les fidèles musulmans se sont rassemblés sur le terrain du lycée pour accomplir une prière de demande de pluie. Un geste religieux qui, au-delà de sa dimension spirituelle, constitue également un signal d’alarme.
Car, derrière l’absence de pluies, se profile une équation particulièrement préoccupante : moins d’eau signifie moins de récoltes, moins de récoltes signifie une hausse des prix des denrées alimentaires et, pour les ménages les plus vulnérables, davantage de risques de pénurie et de malnutrition.
Le Ministère en charge de la Production agricole, tout comme l’ANADER, est donc plus que jamais interpellé. Il ne s’agit plus seulement d’attendre la pluie ou de constater les dégâts, une fois la saison terminée. Il faut anticiper, évaluer les zones les plus exposées et mettre en place des mesures d’accompagnement adaptées aux producteurs.
Le changement climatique bouleverse progressivement les calendriers agricoles et rend les saisons de plus en plus imprévisibles. Le Tchad, particulièrement vulnérable à ces bouleversements, ne peut se permettre de rester dans une logique de réaction. L’heure est à la vigilance et à l’action. Si les pluies ne viennent pas suffisamment, la sécheresse pourrait aggraver l’insécurité alimentaire dans certaines provinces et fragiliser davantage des populations déjà confrontées à de nombreuses difficultés. Le ciel peut tarder à s’ouvrir. Mais l’État, lui, ne doit pas tarder à agir.
La Rédaction








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