Accueil » Editorial : Le pari tchadien de la libre circulation
Editorial

Editorial : Le pari tchadien de la libre circulation

À l’ouverture du Forum de l’Eau, le mercredi 15 juillet 2026, le Président de la République, Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, a fait une annonce d’une portée historique : le Tchad supprimera, à partir du 1er janvier 2027, l’obligation de visa d’entrée pour tous les Africains. Dans un contexte sahélien marqué par l’insécurité, les déplacements forcés et la nécessité d’une intégration régionale renforcée, cette décision s’inscrit comme un acte politique majeur. Au-delà de toutes les hypothèses, c’est un engagement en faveur de l’intégration continentale avec de nombreux avantages aussi bien pour les Tchadiens que pour les Africains dans leur ensemble. Par cette mesure, le Tchad réaffirme son adhésion aux principes de l’Agenda 2063 de l’Union Africaine et de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine, la ZLECAF. La libre circulation des personnes est, avec la libre circulation des biens et des capitaux, l’un des piliers de l’intégration.

Situé au cœur du continent et frontalier de six pays, le Tchad se positionne ainsi comme un carrefour. La suppression des visas pour les Africains est un signal fort envoyé aux pays voisins et à la communauté internationale : le Tchad choisit l’ouverture. C’est à dessein que le chef de l’Etat livre cette information de grande portée à l’occasion de ce forum dédié à l’eau, et en présence des présidents et représentants des chefs d’Etat africains, sachant que l’eau, la mobilité et le développement sont indissociables. Les défis liés à l’eau, à la gestion du bassin du Lac Tchad, l’accès à la ressource, et les migrations climatiques ne connaissent pas de frontières.

Les communautés pastorales, les commerçants, les chercheurs et les humanitaires circulent constamment entre le Tchad, le Cameroun, le Niger, le Nigeria, la Libye, la RCA et le Soudan. En facilitant leur mobilité, le Tchad entend fluidifier les échanges économiques, la coopération scientifique et la réponse humanitaire, notamment à l’Est du pays où près d’un million de réfugiés soudanais sont accueillis.

Comme un pari à tenir, le Tchad doit prévoir des voies et moyens afin de relever les défis liés à cette mesure diplomatique. Cette ouverture devra cependant s’accompagner d’un renforcement des mécanismes de contrôle et de sécurité aux frontières. L’enjeu sera de concilier liberté de circulation et impératifs de sûreté nationale, dans une région en proie au terrorisme et à la criminalité transfrontalière.

Par ailleurs, la réussite de cette politique suppose une harmonisation avec les pays voisins. L’effet ne sera pleinement bénéfique que si la réciprocité est actée et si les infrastructures d’accueil, de transport et d’hébergement suivent.

En annonçant la fin des visas pour les Africains, le Tchad fait le pari de la confiance. Le pari d’une Afrique qui circule librement, qui se développe plus vite et qui résout plus efficacement ses problèmes communs. L’eau, thème du forum, enseigne que ce qui relie vaut mieux que ce qui sépare. En levant les barrières consulaires, N’Djaména choisit de faire de ce principe une réalité politique. Rendez-vous, le 1er janvier 2027 pour mesurer la portée de ce tournant.

La Rédaction

À propos de l'auteur

ATPE

Ajouter un commentaire

Cliquez ici pour poster un commentaire