Les forces en conflit au Soudan continuent de violer le territoire tchadien. Le mercredi 18 mars 2026, une énième attaque, cette fois-ci menée par un drone, a fait une dizaine de morts et plusieurs blessés graves parmi la population civile à Tiné Djagraba, dans la province de Wadi-Fira dans l’Est du pays. A l’issue d’une réunion de défense et de sécurité dirigée par le chef de l’Etat, chef suprême des armées, plusieurs décisions ont été prises et une mission gouvernementale est dépêchée sur le terrain le lendemain de l’attaque.
Le ministre des Armées, des Anciens combattants et Victimes de guerre, son collègue de la Sécurité publique et de l’Immigration, le procureur de la République ainsi que plusieurs hauts responsables de l’appareil sécuritaire ont fait le déplacement de Tiné Djagraba, le jeudi 19 mars 2026. Des rencontres ont été organisées avec les responsables provinciaux, les forces de défense et de sécurité et les leaders communautaires. Une descente sur le terrain à permis de récupérer les débris de l’engin explosif indispensable à l’identification de son origine et sa provenance.
De mémoire, l’attaque du 18 mars 2026 n’est pas le premier du genre. Elle est intervenue après plusieurs avertissements du gouvernement pour la violation de son intégrité territoriale par les belligérants soudanais. La réunion de crise, dirigée par le chef de l’Etat, Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno, a affirmé la position de fermeté et de souveraineté du Tchad. Devant une posture récidiviste des deux généraux en guerre, le président de la République a ordonné la mise en alerte maximale des forces armées afin de riposter à toute attaque venue du Soudan, quelques soient les auteurs. Il est aussi acté la fermeture complète des 1.300 km de frontière commune entre le Tchad et le Soudan.
Plusieurs organisations et institutions tchadiennes, à l’exemple de l’Assemblée Nationale ou de la Coordination des Associations de la société Civile (CASCIDHO), ont condamné l’incursion au Tchad des forces en opposition. La représentation nationale a appelé à la vigilance et à l’union sacrée des Tchadiens, alors que la CASCIDHO a pointé « la violation du droit international et de crimes de guerre » qu’elle s’engage à documenter pour des poursuites judiciaires.
Dans le conflit soudano-soudanais qui a éclaté depuis avril 2023, le Tchad a toujours adopté une position de neutralité absolue et joué le rôle de médiateur pour une solution politique concertée, respectueuse du droit international. Cette position s’est matérialisée par la tenue à N’Djaména de plusieurs rencontres sur la crise, la réception des deux protagonistes et des efforts diplomatiques au sein des organisations sous-régionales, régionales, continentales et internationales.
Le pays de Toumaï sait, par expérience, que son engagement dans ce conflit comme acteur à part entière sera catastrophique pour la région Sahel. Déjà fragile, avec la circulation des armes, le déplacement des trafiquants et autres acteurs nocifs, le Sahel connaîtrait un embrasement total si le Tchad venait à prendre part activement dans la guerre qui oppose les deux généraux soudanais. C’est peut-être le dessein funeste de ceux qui, par leur indélicatesse ou calcul, poussent le Tchad à entrer dans cette guerre qui ne la concerne pas. Le Tchad paie le plus fort prix de la guerre au Soudan avec un afflux continu des réfugiés soudanais sur son sol. Fidèle à sa tradition hospitalière, le pays accueille près d’un million de Soudanais fuyant les combats en dépit de ses ressources limitées. Cette situation humanitaire désastreuse devrait plutôt interpeler les acteurs du conflit et non constituer un quelconque mobile pour s’en prendre à un pays qui joue son rôle avec humanité et responsabilité.
La Rédaction











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