« Tchadiens, tchadiennes,
En ces instants de retrouvailles, je m’adresse à vous sans aucun goût de triomphalisme, mais plutôt pour inviter chacun d’entre nous à interroger sa conscience sur la signification de la phase que traverse notre cher pays et sur l’avenir du Tchad. C’est à notre corps défendant que nous avons été amenés à prendre les armes. Le Tchad n’a que trop souffert de guerres et de règlement de comptes depuis son indépendance et la solution des armes n’est pas la meilleure pour régler nos divergences. Mais, hélas, sous le régime dictatorial de Hissein Habré, personne n’avait le droit de penser. Un seul choix nous était reconnu : celui de nous soumettre. La moindre réflexion était assimilée à une opposition et l’auteur était persécuté à mort. Et, plus Hissein Habré s’incrustait au pouvoir, plus il devenait intolérant. C’est la persécution qui nous a imposé le choix des armes. Vous en étiez témoins. Les patriotes tchadiens ont compris qu’ils ne pourraient espérer vivre en paix dans leurs pays tant que ce pouvoir assoiffé de sang n’est pas balayé.
Du 8 au 11 mars 1990, plusieurs organisations politiques, l’Action du 1er avril, le Mouvement du salut national du Tchad, le MOSANAT, et les Forces armées tchadiennes (Mouvement révolutionnaire du peuple, FAT-MRP) se sont réunies en congrès à Bamina pour se dissoudre et unifier leurs forces. C’est ainsi qu’a été créé le Mouvement patriotique du salut. D’autres organisations démocratiques ont rejoint le mouvement par la suite. Je citerais par exemple l’Union des populations tchadiennes-UPT, le Front socialiste de libération du Tchad-FSLT, le Mouvement pour la démocratie et le socialiste au Tchad -MDST et d’autres encore, sans oublier les nombreux cadres qui se sont engagés individuellement.
A distance, nous pensions pouvoir faire comprendre à Hissein Habré la voie de la raison et du dialogue. Nous n’avons cessé de lui lancer des appels. Mais le dictateur, obnubilé par la puissance de feu, nous répondait sans cesse en jurant de nous écraser. La détermination, la dextérité des patriotes nous ont permis de résister aux assauts lancés par Hissein Habré. Nos frères de l’Armée étaient d’ailleurs victimes de cette machine à tuer au même titre que nous, c’est pourquoi, nous avons toujours cherché le contact avec eux. Et c’est pourquoi la victoire du MPS est aussi salvatrice pour les citoyens que pour les militaires eux-mêmes
En voulant tout régler par la force, Hissein Habré s’offrait aussi un bon prétexte pour spolier le peuple par le biais de l’effort de guerre, destiné en réalité à remplir ses propres poches. L’état lamentable des troupes est une démonstration suffisante de sa duperie. Si nombreux sont les opposants, tant ils sont excédés et les masses à l’intérieur du pays que le régime de Hissein Habré n’a pas résisté à une seule contre-offensive.
Malheureusement, le kleptomane a mis à sac tout l’appareil d’Etat avant de s’enfuir, non satisfait d’avoir détourné toute l’aide internationale, non satisfait d’avoir rançonné le peuple pendant dix ans sous le couvert d’effort de reconstruction ou d’effort de guerre, Hissein Habré a collecté tout l’argent qu’il a pu trouver dans la caisse des sociétés publiques et parapubliques ainsi que l’argent de la paie des fonctionnaires au Trésor central. Vous avez remarqué également les vols de matériels et de véhicules opérés tant au détriment des administrations que des privés, sans égard même pour les diplomates.
Même dans la fuite, Hissein Habré était animé du même esprit nocif : « après moi, le déluge ». Il reste, heureusement, pour le Tchad, le meilleur capital : les hommes. Il est encourageant de relever l’afflux massif des fonctionnaires à l’annonce de la reprise du travail, quand bien même les bureaux sont saccagés. Je les invite à rester tout aussi diligents à leur travail, dans la discipline et l’ordre.
Dès ce jour, un appareil de gestion provisoire, le Conseil de l’Etat, reprend en main l’administration. La disponibilité des agents de l’Etat ne sera pas déçue. Nous savons que nombre de fonctionnaires ont été brimés en raison de leurs opinions. Nous réexaminerons les situations qui le méritent
Tchadiens, tchadiennes,
Ce n’est ni par haine, ni par rancune que j’évoque les abus de ce régime. Mon propos est de rappeler, au moment où nous respirons enfin cet air de liberté, les maux qui ont été la cause de nos souffrances ; nous devons bien nous prémunir pour ne pas retomber dans les mêmes travers et pour fermer la voie à la résurgence de telles méthodes. Dieu nous garde de la montée d’un autre Hissein Habré !
Mes chers compatriotes,
Le plaisir est immense pour tous les combattants des forces patriotiques d’avoir contribué à l’éclosion du cadeau le plus cher que vous espériez. Ce cadeau n’est ni or, ni argent : c’est la liberté ! Celle du 1er décembre 1990. Il n’y a plus d’effort de guerre, il n’y a plus de prison politique. Les patriotes tchadiens ont payé cher cette liberté. Nous pensons à cet instant aux camarades tombés au champ d’honneur, à ceux qui se sont éteints dans les prisons, comme à ceux qui, encore vivants, seront à jamais handicapés par les effets de la torture. La nation leur sera éternellement connaissante.
Tchadiens, tchadiennes
Les succès militaires ne doivent pas nous laisser croire que la lutte est terminée. Car nous n’aurons définitivement extirpé les démons de la dictature, nous ne pourrons nous sentir à l’abri du retour à ces systèmes odieux qu’après l’établissement d’une démocratie vraie, totale, une démocratie pluraliste. C’est en tout cas la conviction qui s’est dégagée de la confrontation des expériences et des réflexions des fils de ce pays.
Faisant la synthèse des aspirations légitimes de notre peuple et tirant la leçon des souffrances endurées par nous tous, le MPS a à cœur de conduire le Tchad, avec la participation de tous ses citoyens, vers le système de gouvernement que tout le monde appelle de ses vœux. Un système de gouvernement, vous l’avez compris, basé sur la démocratie, je veux dire démocratie au sens plein du terme. La démocratie, cette condition indispensable à l’épanouissement du citoyen et à la réalisation de la justice et de la paix.
Au risque de me répéter, je tiens à souligner qu’il n’y a pas de démocratie sans pluralisme politique, sans laïcité. Le MPS se consacrera, avec le soutien et la participation de chacun, à la réalisation de cet objectif dans sa plénitude. Nous entendons par là : liberté d’association, liberté d’opinion, liberté syndicale, liberté de la pesse, liberté religieuse.
Au plan administratif, nous défendrons l’unité nationale, l’intégrité territoriale du Tchad à l’intérieur de ses frontières héritées de la colonisation. L’administration sera réorganisée sur des bases plus efficaces, certaines entités seront décentralisées et de larges pouvoirs de gestion seront accordés au niveau local ! La volonté librement affirmée de mener du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest du Tchad une vie nationale commune, l’interdépendance des intérêts socio- économiques constituent les bases mêmes de l’Etat tchadien
L’économie sera rebâtie en prenant en compte le développement de toutes les régions. Une économie mixte fondée sur l’équilibre entre secteur public et secteur privé. A ce niveau, les initiatives privées seront encouragées dans le secteur des petites et moyennes entreprises.
Au plan socioculturel et éducatif, le français et l’arabe seront les deux langues officielles, mais cela n’exclut nullement l’usage des autres langues du pays. La formation de la jeunesse, la revalorisation de la fonction enseignante retiennent particulièrement notre attention, au même titre que la santé. Dans ce même esprit, l’Armée nationale sera une armée au service du peuple. A cet effet, il conviendra d’éduquer et de former les combattants ; de réorganiser et de hiérarchiser ce corps, de définir ses missions et l’associer au développement économique.
Toujours dans la recherche d’une liberté totale et d’une paix intérieure réelle, toutes les polices politiques sont supprimées, la sécurité nationale sera réorganisée et revalorisée afin de protéger et d’assister le citoyen. De même, sera garantie l’indépendance de la justice par la séparation des pouvoirs politique extérieurs, nous honorerons, évidemment, les accords, chartes et conventions auxquels le Tchad est signataire. Notre action sera basée sur le non-alignement, la lutte contre le néocolonialisme, l’impérialisme et la défense active de la paix. Avec les autres Etats voisins, le Tchad promouvra une politique de bon voisinage et de non-ingérence.
Voilà, chers compatriotes, les objectifs pour lesquels les forces patriotiques se sont battues ; voilà l’édifice que nous appelons tous les fils et filles de ce pays à bâtir ensemble, sans haine, sans rancune, dans la liberté et l’égalité totales.
Tchadiens, tchadiennes,
Ce pays a été meurtri, déchiré pendant plusieurs décennies pour des visions égoïstes, dressant tel groupe, telle religion contre tel autre. Le MPS de par l’expérience de ses membres et de par sa composition même, est au-dessus de ces considérations. J’invite tous ceux qui, pour une raison ou une autre, ont quitté leur domicile à l’arrivée des forces patriotiques à revenir sans aucune inquiétude.
Le MPS invite tous les fils et filles du Tchad à un pardon sincère et à l’unité, pour régler tous nos problèmes par la voie démocratique.
Vive la République,
Vive le Tchad !












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