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Politique Tchad

« Le MPS a libéré le Tchad de la dictature », Général Nadjita Béassoumal

A l’occasion du 35ème anniversaire de la Journée de la Liberté et de la Démocratie célébré tous les 1er décembre, le général à la retraite et conseiller militaire au département de la Sécurité à l’Assemblée nationale et l’un des pères fondateurs du Mouvement patriotique du salut (MPS), Nadjita Béassoumal revient sur les raisons et les conditions de la création de ce mouvement politique.

L’Info : Vous avez été à la tête des Forces tchadiennes qui ont signé un manifeste pour la création du Mouvement patriotique du salut (MPS). Pouvez-vous raconter comment les choses ont évolué pour la mise en place de ce parti qui a amené la démocratie au Tchad ?

Général Nadjita Béassoumal : Je vous remercie pour l’opportunité donnée par votre journal de m’exprimer sur la création du Mouvement patriotique du salut (MPS) qui est, en réalité, un grand parti en raison de la représentativité de tout le Tchad dans ce parti. Déjà, l’acronyme MPS à trois lettres n’est pas anodin. Il est, non seulement, symbolique, mais exprime la représentativité des trois blocs du Tchad qui sont le Sud, le Centre et le Nord, ainsi que trois personnages, symboles de ces trois zones géographiques, à la base de sa création.

Il s’agissait de libérer le Tchad de la dictature sanglante entretenue entre 1982 et fin 1990, qui a endeuillé les familles tchadiennes. Il fallait faire quelque chose pour réconcilier le peuple tchadien. C’est ainsi que trois mouvements révolutionnaires vont décider d’unir leurs forces pour ce combat. Le premier issu du Sud du Tchad est le Mouvement révolutionnaire du peuple, de tendance Force armée tchadienne (MRP/FAT, créé en décembre 1982 à Brazzaville au Congo). Ce Mouvement avait initialement un bureau exécutif dirigé par le défunt général Kamougué Wadal Abdelkader et moi-même secrétaire national chargé de la Défense et de la Sécurité. Malheureusement, ce dernier ayant rallié le régime de Hissein Habré, c’est ainsi que j’ai assuré l’intérim comme président en attendant le congrès. Le deuxième Mouvement issu du Centre du Tchad est le MOSANAT (Mouvement national pour le salut du Tchad), dirigé par Maldoum Bada Abbas. Et enfin le troisième mouvement issu du Nord, dit Groupe de l’Action du 1er avril 1989 du Colonel Idriss Déby. Nous nous sommes rencontrés avec mon jeune frère le colonel Idriss Déby à Koufra dans le Sud de la Libye. Voilà trois hommes, Nadjita Béassoumal, l’aîné des trois, Maldoum Bada Abbas, et le cadet, Idriss Déby.

De Bamina à N’Djaména aujourd’hui, comment appréciez-vous la vision que vous aviez eue ?

Tout est symbolique car la vision à la base de la création du MPS est le dialogue et l’entente pour un Tchad uni et fort. C’est ainsi que le 11 mars 1990 à Bamina, nos trois mouvements vont jeter les bases de cette entente en renonçant chacun à son propre mouvement pour en créer un seul, le Mouvement patriotique du salut (MPS). La sagesse de l’aîné m’a conduit à former moi-même le bureau exécutif en désignant le colonel Idriss Déby comme président, Maldoum Abbas comme vice-président et me réservant le poste de secrétaire exécutif de l’administration du mouvement.

A la prise du pouvoir à N’Djaména le 1er décembre 1990, lors de la répartition des postes, la sagesse a de nouveau prévalu ; j’ai renoncé au poste de Premier ministre au profit de Jean Bawoyeu Alingué, car il fallait associer les civils à la gestion de la chose publique. Mais comme nous sommes venus réconcilier le peuple tchadien, la Conférence nationale souveraine, à l’image du DNIS, était nécessaire.

Aujourd’hui, mes deux compagnons de lutte ne sont plus de ce monde, paix à leurs âmes, je demeure la mémoire vivante du Mouvement patriotique du salut. Je dois continuer à vulgariser l’idéologie du parti fondé sur le dialogue et l’entente permanente et votre journal me permet de passer ce message à la jeune génération appelée à continuer à porter ce flambeau, à ne pas l’éteindre par l’emprunt des voies contraires à celle tracée par les pères fondateurs du parti, qui demeure l’unité dans le dialogue.

Il faut préserver les acquis du défunt Maréchal qui sont la sécurité du Tchad, l’intégrité du territoire national par la réconciliation. Je félicite le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno pour avoir suivi la ligne directrice des pères fondateurs du parti par l’organisation du Dialogue national inclusif et souverain (DNIS) à l’image de la Conférence nationale souveraine qui a permis de réconcilier les filles et les fils de ce pays et je l’encourage à continuer sur cette lancée pour unir les forces vives de la nation afin de soutenir son programme politique.

Je me réjouis aujourd’hui de ce que la relève a compris notre vision, car après la perte tragique du Maréchal Idriss Déby Itno dans sa lutte permanente pour l’intégrité du territoire, son fils qui a pris la relève a réconcilié les Tchadiens pour une paix durable. Je ne peux omettre de reconnaitre ses prouesses qui vont de l’organisation du Dialogue national à la Refondation de la République par l’organisation du référendum, des élections présidentielles, des élections législatives et locales avec une décentralisation véritable, pour boucler avec les élections sénatoriales.

Notre pays est aujourd’hui doté de toutes les institutions républicaines. Je pense que malgré sa jeunesse, le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno a fait mieux que nous pères fondateurs du MPS. Il a honoré la devise de l’école interarmées de Madagascar qui est «Honte à celui qui n’a pas fait mieux que son père». Je suis satisfait.  Il manquait au Maréchal la relance de l’économie pour compléter sa prouesse et le PND Tchad Connexion 2030 est tombé à point nommé pour sortir les Tchadiens de la misère. Relancer l’économie par le biais du PND créera de l’emploi à la jeunesse qui en a vraiment besoin pour son insertion sociale.

Le président a vite compris l’importance du forum d’Abu Dhabi en le rehaussant de sa haute présence, plus de 20 milliards de dollars américains pour le financement de plusieurs secteurs économiques donne de l’espoir pour la jeunesse. Je félicite une fois de plus le président de la République pour ses efforts visant à sortir le Tchad du sous-développement.

La Journée de la Liberté et de la Démocratie est une fête nationale. Quel appel lancez-vous aux Tchadiens qui, aujourd’hui, restent sceptiques par rapport à l’avenir du Tchad ?

Même si vous semblez dire que les Tchadiens sont sceptiques pour l’avenir du Tchad, je ne voudrais pas lancer un appel aux filles et fils du Tchad mais plutôt leur apporter le conseil de sage : «Le Tchad est l’affaire de tous, le dialogue et l’entente fraternelle demeurent les maîtres mots pour l’unité de tous». Je ne raisonne pas en partisan d’un parti politique mais en fils du Tchad car, quels que soient les problèmes, il faut promouvoir le dialogue, une famille ne se disloque pas pour des divergences et le Tchad ne doit pas tomber dans ce piège. Ne dit-on pas que le linge sale se lave en famille ? Lavons donc nos linges sales pour donner force et santé à notre cher pays.

Jules Doukoundjé

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