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Lac-Kanem : L’UNICEF renforce ses actions en faveur des enfants

Du 4 au 9 mai 2026, une délégation de journalistes nationaux a sillonné les provinces du Lac et du Kanem dans le cadre d’une visite média organisée par l’UNICEF Tchad, en collaboration avec le Consortium Médias composé du Ministère de la Communication, de l’Union des Journalistes Tchadiens et de la Maison des Médias du Tchad.

Cette mission avait pour objectif de documenter les réalités vécues par les enfants et leurs familles dans ces deux provinces fortement touchées par l’insécurité, les déplacements de populations, la malnutrition et la faiblesse des services sociaux de base, tout en mettant en lumière les réponses apportées par l’UNICEF aux côtés du Gouvernement tchadien. De Bol à Mao, les journalistes ont découvert des écoles, des centres de santé, des unités nutritionnelles et des maternités où se joue quotidiennement l’avenir de milliers d’enfants.

Dans la province du Lac, marquée par les attaques répétées de Boko Haram et les déplacements massifs de populations, les besoins demeurent immenses. Malgré ce contexte difficile, l’UNICEF poursuit ses interventions dans les domaines de la santé, de la nutrition, de l’éducation, de la vaccination et de la protection de l’enfance.

Le médecin-chef du district sanitaire du Lac, Dr Marius Madjissem, a rappelé que la province compte 11 districts sanitaires, 143 centres de santé et plusieurs structures hospitalières confrontées à d’importantes difficultés, notamment le manque de personnel qualifié, l’enclavement géographique, l’insécurité et l’insuffisance des équipements. « Environ 40 % de la province est recouverte d’eau. Certaines localités ne sont accessibles qu’en pirogue », explique-t-il.

La malnutrition demeure l’une des principales urgences sanitaires. Selon les responsables de santé, un enfant sur deux souffre de malnutrition chronique dans certaines zones. À l’hôpital provincial de Bol, les journalistes ont visité l’unité nutritionnelle thérapeutique où des dizaines d’enfants sont pris en charge chaque mois grâce à l’appui de l’UNICEF.

Dr Ngab Grimman William, chef du service de pédiatrie, souligne toutefois les difficultés persistantes : «Nous recevons en moyenne une trentaine d’enfants malnutris par mois. Beaucoup arrivent tardivement, souvent dans un état critique, après avoir été référés depuis les îles ou des villages très éloignés». L’UNICEF soutient ces structures à travers la fourniture d’intrants nutritionnels, notamment les aliments thérapeutiques, la formation du personnel et les activités de dépistage communautaire. Malgré cela, les ruptures de lait thérapeutique F75 et F100 compliquent actuellement la prise en charge.

Des maternités confrontées à de nombreuses difficultés

À Bol comme à Mao, les maternités fonctionnent dans des conditions difficiles. Les sages-femmes doivent faire face au manque de personnel, de médicaments d’urgence et d’équipements adaptés. À l’hôpital provincial de Mao, Mariam Issa Abdoulaye, responsable de la maternité, décrit une situation préoccupante. «Nous recevons beaucoup de complications. Certaines femmes arrivent après plusieurs jours de travail à domicile ou après des traitements traditionnels. Il y a des cas où nous perdons des patientes faute de produits d’urgence disponibles immédiatement». Elle appelle au renforcement des stocks de médicaments vitaux, notamment les produits antihémorragiques, afin de sauver davantage de vies maternelles et néonatales.

Dans le Kanem, l’UNICEF soutient la délégation sanitaire à travers le recrutement de sages-femmes, la formation des agents de santé, l’équipement des centres de santé ainsi que l’installation de kits solaires permettant d’assurer la continuité des soins, y compris durant la nuit. Dans les deux provinces, le manque de spécialistes demeure une préoccupation majeure. Gynécologues, pédiatres, anesthésistes, chirurgiens et ophtalmologues font cruellement défaut.

Au Kanem, Abdelkerim Mbodou Taher, responsable du Programme élargi de vaccination, indique que plusieurs centres de santé sont encore tenus par des agents communautaires non qualifiés. « Sur près de 200 centres de santé, environ 40 % fonctionnent avec du personnel non étatique recruté par les communautés », précise-t-il. Selon lui, plusieurs districts ne disposent ni de moyens de déplacement ni de réfrigérateurs adaptés pour la conservation des vaccins. Malgré des couvertures vaccinales officiellement élevées, des cas de rougeole continuent d’être enregistrés dans plusieurs localités.

Moderniser l’éducation sans rompre avec les traditions

La mission média a également permis de découvrir les écoles coraniques modernisées soutenues par l’UNICEF dans la province du Lac. Les journalistes ont visité plusieurs établissements où les enfants suivent désormais un enseignement associant apprentissage religieux et matières fondamentales telles que les mathématiques, les sciences et le français.

Ces écoles disposent de salles de classe construites ou réhabilitées grâce à l’appui de l’UNICEF, de tables-bancs, de tableaux et de kits pédagogiques. Le responsable du programme Éducation à l’UNICEF, Valery Ngarko, explique que cette approche vise à offrir aux enfants des compétences utiles pour leur avenir sans les éloigner de l’enseignement islamique traditionnel. « Avant, beaucoup d’enfants apprenaient uniquement le Coran sans perspective professionnelle. Aujourd’hui, ils étudient aussi les matières fondamentales », explique-t-il.

Depuis 2007, plusieurs écoles ont ainsi été transformées en établissements dits « modernisés », accueillant des centaines d’enfants auparavant répartis dans de petites écoles coraniques traditionnelles. L’UNICEF a également soutenu la formation des enseignants sur les approches pédagogiques, le soutien psychosocial et la protection de l’enfance.

À Bol urbain, l’inspectrice pédagogique de l’enseignement primaire, Pallouma Djintébé Madjou, alerte sur le manque d’enseignants et les effectifs pléthoriques. « Certaines classes comptent jusqu’à 180 élèves. Beaucoup d’enfants viennent surtout pour la cantine scolaire », explique-t-elle. La cantine scolaire joue un rôle essentiel dans le maintien des enfants à l’école, particulièrement au sein des familles déplacées ou très pauvres. Grâce à l’appui des partenaires, notamment l’UNICEF et le Programme alimentaire mondial, plusieurs écoles bénéficient de repas scolaires favorisant la fréquentation des classes.

Autre évolution notable : la progression de la scolarisation des filles. Dans certaines localités, elles sont désormais plus nombreuses que les garçons dans les écoles primaires, signe d’une évolution progressive des mentalités.

Des besoins encore immenses

À Mao, les autorités provinciales ont insisté sur l’ampleur des besoins dans une région vaste et faiblement équipée. Le délégué général du Gouvernement auprès de la province du Kanem, Issaka Koty Yacoub, souligne que la province fait face à un double défi : la pauvreté et la faiblesse des systèmes éducatif et sanitaire. Il reconnaît, toutefois, l’importance des interventions de l’UNICEF, visibles dans les écoles, les centres de santé, les campagnes de vaccination et les programmes nutritionnels. « Les réalisations de l’UNICEF sont visibles partout dans la province, mais les besoins restent énormes au regard de la démographie », affirme-t-il.

À travers cette visite média, l’UNICEF et ses partenaires souhaitent renforcer le plaidoyer en faveur des enfants vivant dans des contextes fragiles. La mission a permis aux journalistes de constater les efforts engagés pour améliorer l’accès à l’éducation, à la santé, à la nutrition et à la protection, mais aussi les nombreuses difficultés qui persistent. Au regard des réalités observées au Lac et au Kanem, l’enjeu pour l’UNICEF ne se limite plus à l’urgence humanitaire. Il s’agit également de consolider des systèmes durables capables d’offrir aux enfants un accès stable à la santé, à l’éducation et à la protection.

L’insécurité, la pauvreté, l’insuffisance du personnel qualifié ainsi que les vulnérabilités climatiques continuent de peser lourdement sur les provinces du Lac et du Kanem. Malgré ces défis, enseignants, agents de santé, sages-femmes, autorités locales et partenaires humanitaires poursuivent leurs efforts afin d’offrir aux enfants des perspectives d’avenir plus dignes et plus sûres.

Man-Ya Allah Gisèle, envoyée spéciale

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