À seulement 5 kilomètres de Mondo et 40 kilomètres de Mao, le village Diglaba semble pourtant coupé du reste du monde. Ici, il n’existe pas de marché quotidien, ni d’écoles, encore moins de centres de santé. L’eau potable reste un luxe et chaque journée commence par une lutte silencieuse contre la soif, la poussière et l’isolement.
Dès les premières lueurs du soleil, les femmes prennent déjà la route. Des conduits sur le dos des ânes pour d’aucunes, bidons jaunes à la main pour certaines, elles marchent plusieurs kilomètres sous une chaleur écrasante à la recherche d’un point d’eau. Le vent soulève le sable, les pas sont lourds, mais personne ne s’arrête.
Accoster sur son trajet, Amina Barka, mère de six enfants, raconte : « Ici, notre plus grand combat, c’est l’eau. Parfois nous marchons deux heures pour remplir seulement quelques bidons. En cette saison sèche, c’est encore pire. Les enfants souffrent, les animaux aussi.»
À Diglaba, la vie repose essentiellement sur l’agriculture et l’élevage. Mais la terre sèche et l’absence de pâturage compliquent tout. Pendant la saison sèche, les bœufs et les ânes maigrissent, les chèvres errent longtemps avant de trouver quelques herbes.
Non loin des habitations en banco, Mahamat Abdeldjelil, éleveur de son état, observe son troupeau affaibli. « Nos bœufs sont notre richesse. Mais quand il n’y a pas d’herbes, ils tombent malades, ils maigrissent. Si le bétail meurt, c’est toute la famille qui souffre.»
Ce village vit dans une forme d’autonomie forcée. Étant donné que le marché hebdomadaire de Mondo est organisé chaque dimanche. C’est ce jour-là, qu’il faut faire les provisions alimentaires. Le bémol, c’est lorsqu’un habitant tombe malade. La première solution reste l’automédication. Quelques comprimés sont achetés çà et là, des décoctions traditionnelles, puis l’attente. Ce n’est que lorsque la situation devient critique que les familles se résignent à rejoindre Mondo ou Mao, souvent trop tard.
Halima Mbodou, habitante de Diglaba, se souvient : «Quand mon enfant est tombé malade, nous avons d’abord essayé les médicaments que nous avions à la maison. Mais son état s’est aggravé. Il fallait chercher une moto pour se rendre à l’hôpital de Mondo. Malheureusement, notre moto ici, c’est l’âne.»
Face à cette réalité, le chef du village, Aba Youssouf Dibrine, ne cache pas son inquiétude. «Notre village souffre et dépourvu de tout. Nous demandons de l’eau, des structures éducatives et sanitaires et un marché pour faciliter la vie des habitants. Nous sommes proches de Mondo, mais nous vivons comme si nous étions très loin de tout.»
À Diglaba, les enfants grandissent entre le sable et les troupeaux, loin des salles de classe. Les femmes portent le poids du quotidien. Pourtant, malgré la rudesse du désert, la population résiste, attachée à cette terre difficile mais ancestrale.
Le soir venu, lorsque le soleil tombe lentement sur l’horizon poussiéreux, le village retrouve un calme presque trompeur. Demain, il faudra encore marcher pour l’eau, chercher de quoi nourrir les bêtes, espérer ne pas tomber malade. À Diglaba, survivre est déjà une victoire quotidienne.
Man-Ya Allah Gisèle












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