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Pot d’eau en commun : Une solidarité face aux exigences de santé publique

Dans de nombreuses familles tchadiennes, il est d’usage d’offrir de l’eau à l’invité dans un même récipient partagé tour à tour. Connue localement sous l’expression « Koro hana al-mi », cette pratique ancestrale symbolise la convivialité, la solidarité et la fraternité. Elle marque l’accueil et traduit la proximité entre les membres d’une communauté.

Mais derrière cette forte charge culturelle se cache une réalité moins rassurante. À l’heure où les défis sanitaires se multiplient, cette coutume soulève des préoccupations en matière de santé publique. Dr Radia Ibrahim Hashem, généraliste, exprime une inquiétude face à la persistance de cette pratique. Selon elle, le partage d’un même récipient ne répond plus aux exigences sanitaires actuelles. Elle explique que l’utilisation d’un pot commun facilite la transmission d’infections virales, bactériennes et fongiques. Le contact de la salive sur le bord du récipient, ainsi que les microgouttelettes respiratoires émises lors de la consommation d’eau, peuvent en faire un vecteur de germes entre les individus. « Le pot devient un point de transmission possible entre les individus », explique-t-elle.

La médecin précise que cette pratique peut favoriser la propagation de plusieurs maladies. Parmi elles, figurent les infections digestives, les mycoses buccales mais aussi certaines affections virales telles que l’herpès ou le zona. Si ces maladies peuvent paraître bénignes chez des adultes en bonne santé, elles présentent un risque accru pour les enfants, les personnes âgées, les personnes immunodéprimées ou atteintes de maladies chroniques. Pour Dr Radia Ibrahim Hashem, ces dangers peuvent pourtant être évités par des gestes simples. Elle insiste sur l’importance de respecter les règles élémentaires d’hygiène et d’adapter certaines habitudes aux réalités contemporaines. La prévention demeure, selon elle, la solution la plus sûre et la moins coûteuse comparée aux traitements médicaux.

Sans remettre en cause l’esprit de solidarité qui sous-tend cette tradition, elle appelle à adopter des alternatives plus sûres. L’utilisation de bouteilles individuelles ou le recours à un récipient commun accompagné de verres distincts pour chaque personne constituent des solutions pratiques. Elle recommande également un lavage rigoureux des ustensiles à l’eau et au savon après chaque usage. L’application du principe « une tasse par personne » apparaît ainsi comme une mesure simple mais efficace pour limiter la propagation des infections. Pour le médecin, la sensibilisation des familles et des communautés est essentielle afin de concilier respect des traditions et protection de la santé.

Si la coutume du partage d’eau demeure un symbole fort de cohésion sociale, elle mérite aujourd’hui d’être repensée à la lumière des enjeux sanitaires actuels. Préserver l’esprit de fraternité ne doit pas se faire au détriment de la sécurité collective. Adapter certaines pratiques ne signifie pas renier son identité, mais l’inscrire dans une démarche de responsabilité et de prévention.

Aziza Mahamat Issakha

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