Les premiers nuages s’amoncellent au-dessus de la capitale tchadienne. Dans plusieurs quartiers, les habitants observent déjà avec inquiétude les caniveaux, se remémorant les images des inondations dévastatrices de 2022. Les services météorologiques appellent à la vigilance.
Le directeur général de l’Agence nationale de la Météorologie (ANAM), Bianpambé Patallet, a souligné que les premiers relevés de la saison montrent un déficit pluviométrique léger, mais cela ne signifie pas que le danger est écarté. « Le cumul observé à la station de N’Djaména entre le 1er avril et le 30 juin 2026 est de 74 millimètres, soit 7,7 millimètres de moins que la moyenne climatologique de 81,7 millimètres », précise-t-il. Pour autant, les météorologues refusent de tirer des conclusions hâtives. La saison pourrait rester globalement normale, mais elle devrait être marquée par une forte variabilité, alternant de longues périodes sèches et des épisodes de pluies très intenses concentrées sur quelques heures.
À mesure que la mousson progresse vers le nord, les regards se tournent vers les mois d’août et de septembre, traditionnellement les plus arrosés de l’année. Selon le directeur général de l’ANAM, les plus fortes activités orageuses sont attendues durant cette période. Si l’installation de la mousson devait prendre du retard, le mois d’août pourrait connaître des épisodes particulièrement violents. Des pluies intenses restent également possibles dès juillet ou jusqu’en septembre, en fonction de l’évolution du front intertropical. Le risque est aujourd’hui jugé plus faible qu’en 2022, mais il demeure réel. « Le risque est faible à moyen, notamment pour les quartiers bas, les zones riveraines et les secteurs où les systèmes de drainage sont obstrués », avertit-il.
Les bassins des fleuves sous surveillance
Au-delà des précipitations enregistrées dans la capitale, les spécialistes suivent avec attention l’évolution des pluies sur les bassins versants du Chari et du Logone, qui prennent leur source en République centrafricaine et au Cameroun. Même si les précipitations à N’Djaména restent proches de la normale, des pluies exceptionnelles en amont peuvent provoquer une montée rapide des eaux et entraîner des inondations localisées parfois très importantes dans la capitale. Cette réalité oblige les services météorologiques à préparer simultanément deux scénarios : celui d’un déficit pluviométrique et celui d’un excédent localisé susceptible de provoquer des dégâts.
Dans les quartiers les plus exposés, le souvenir des inondations de 2022 reste profondément ancré. Des milliers de familles avaient été contraintes d’abandonner leurs habitations, tandis que routes, écoles et centres de santé avaient subi d’importants dégâts. Pour Bianpambé Patallet, la comparaison avec cette année de référence doit être nuancée. « Les conditions sont différentes. En 2022, les événements extrêmes s’étaient combinés à une saturation généralisée des sols. En 2026, les cumuls sont pour l’instant inférieurs, mais la variabilité climatique peut produire localement des impacts comparables », précise-t-il. Autrement dit, une saison considérée comme normale n’exclut pas des phénomènes météorologiques violents capables de provoquer des inondations ponctuelles.
Se préparer en cas d’urgence
Face à cette incertitude, le premier responsable de l’ANAM invite les ménages à adopter dès maintenant des gestes de prévention. Les familles sont encouragées à mettre à l’abri les objets de valeur, préparer un kit d’urgence contenant de l’eau potable, des médicaments et des documents essentiels, curer les caniveaux autour des habitations, identifier les itinéraires d’évacuation ainsi que les points sûrs, et convenir d’un lieu de rassemblement familial en cas d’urgence. Le directeur général appelle également les autorités à accélérer les opérations de curage des caniveaux, à actualiser la cartographie des zones inondables, à renforcer les digues, activer les systèmes d’alerte précoce et faire des stocks de secours. Il insiste sur une coordination étroite entre l’ANAM, les services de l’eau, de la santé et de la protection civile.
Kemnelem Sophie












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