En sus de l’insécurité et la précarité alimentaire qui plane dans la province du Lac, la malnutrition continue de frapper les enfants les plus vulnérables. À l’hôpital provincial de Bol, les témoignages de mères, les efforts des humanitaires et l’engagement du personnel soignant traduisent une réalité alarmante.
Venue de Merom, une localité située à sept kilomètres de Bol, Hawa Mahamat, vit aujourd’hui l’angoisse de voir son enfant atteint de malnutrition aiguë sévère, classée en phase 1. Assise sur le lit de l’hôpital, elle veille sur son bébé en cours de traitement. « Nous avons quitté le village pour des soins. L’enfant a commencé par vomir. Il ne mangeait plus et était très faible », confie-t-elle, visiblement éprouvée.
Pris en charge grâce à l’appui de l’UNICEF, l’enfant suit actuellement un traitement nutritionnel intensif. Comme de nombreuses familles déplacées ou isolées, cette mère a parcouru plusieurs kilomètres avant d’accéder aux soins, souvent trop tardivement. À sept kilomètres du centre-ville dans le village Matafo, Hadidja Mbodou, incarne un visage plus rassurant de cette lutte. Son enfant, Ali Abakoura, âgé de huit mois est guéri après deux mois de souffrance. « La maladie a commencé par des vomissements et de fortes fièvres. Mon enfant était très faible. Mais grâce à la prise en charge subventionnée par l’UNICEF, il est guéri,» se réjouit-elle.
Son témoignage illustre l’efficacité des dispositifs mis en place précisément la gratuité des soins nutritionnels et la disponibilité des aliments thérapeutiques essentiels dans le processus de réhabilitation.
La prévalence
Selon Tchouyabé Nicolas Dali, chargé de programme nutrition au bureau sous-national de l’UNICEF à Bol, la situation reste préoccupante. « La malnutrition dans la bande sahélienne est globalement inquiétante. Au Tchad, la prévalence nationale est estimée à 10,8 % selon l’enquête de 2024. Dans la province du Lac, elle est d’environ 10 % pour la malnutrition aiguë globale, avec un taux de 2,5 % pour les cas sévères au-dessus du seuil d’alerte », explique-t-il.
L’on note les causes entre autres l’insécurité alimentaire, faible production agricole, déplacements massifs de populations et perturbation des activités économiques comme la pêche et l’agriculture. « Les populations vivant autrefois sur les îles ont été contraintes de fuir. Elles se retrouvent aujourd’hui dans des zones où elles ne peuvent plus exercer leurs activités habituelles. Cela aggrave la pauvreté et expose davantage les enfants à la malnutrition », ajoute-t-il.
Les enfants âgés de 6 à 59 mois sont les plus touchés, en particulier ceux entre 2 et 5 ans, une tranche d’âge où les besoins nutritionnels sont élevés mais souvent non satisfaits.Face à cette situation, l’UNICEF appuie plus de 87 structures sanitaires dans la province avec des unités de prise en charge nutritionnelle, des intrants thérapeutiques, ainsi que des formations destinées au personnel de santé.
A l’hôpital provincial de Bol, Dr Ngab Grimman William, chef du service de pédiatrie et de l’unité nutritionnelle thérapeutique,fait état d’une pression constante. « Nous recevons en moyenne une trentaine d’enfants malnutris par mois. La majorité est stabilisée, mais nous faisons face à des ruptures de certains intrants, notamment le lait thérapeutique F100 », explique-t-il.
La prise en charge suit un protocole national rigoureux : stabilisation avec le F75, puis transition vers des aliments thérapeutiques comme le Plumpy’Nut appelé communément ‘’pilim pilim’’ après un test d’appétit concluant. Mais malgré ces efforts, les décès restent une réalité. « Nous enregistrons en moyenne cinq décès par mois. En avril 2026 par exemple, sur 36 enfants admis, quatre sont décédés. Ces pertes sont souvent liées à un retard dans la prise en charge », précise le médecin.
La distance, l’enclavement des zones d’habitation et le manque de dépistage précoce compliquent souvent l’accès rapide aux soins. « Beaucoup d’enfants viennent des îles ou de zones reculées. Ils arrivent tardivement, souvent avec des formes sévères déjà avancées », déplore-t-il.
Dans la province du Lac, la lutte contre la malnutrition reste un défi majeur étroitement lié aux crises sécuritaires et économiques. Les efforts conjoints de l’État et de ses partenaires notamment l’UNICEF permettent de sauver des vies mais la prévention, l’accès précoce aux soins et la sécurité alimentaire demeurent des enjeux cruciaux pour inverser durablement la tendance. Derrière chaque chiffre, il y a des visages, des histoires, et surtout l’urgence de protéger l’avenir des enfants.
Man-Ya Allah Gisèle, envoyée spéciale












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