Depuis le milieu des années 1990, le gouvernement de la République s’est engagé à reformer en profondeur du système éducatif tchadien. C’est ainsi qu’ont été organisés ses états généraux dès 1994. D’autres grandes rencontres gouvernementales se sont ensuite tenues à Douguia et à Abéché pour se pencher sur les maux qui gangrènent le secteur afin de lui trouver des remèdes adéquats.
Des efforts sont certes faits pour sortir de l’ornière l’Éducation nationale ; ils s’inscrivent malheureusement dans un environnement marqué par une forte croissance démographique, une économie fragile et des inégalités sociales importantes. Malgré les appuis des partenaires techniques et financiers tels que l’UNICEF, la Banque mondiale, l’UNESCO, etc, les indicateurs restent préoccupants avec des taux de scolarisation faibles, abandon scolaire élevé et la qualité de l’enseignement souvent médiocre.
Le Tchad, à travers ses multiples efforts consentis dans le domaine de l’Éducation, fait face à des défis énormes liés à l’accès à l’éducation. Malgré que le taux brut de scolarisation au primaire ait progressé, il reste très faible. Les inégalités de genre et des filles en milieu scolaire, les discriminations socioculturelles et les mariages précoces chez les filles, les insuffisances des infrastructures scolaires et de salles de classes, des tables bancs, de manuels scolaires et d’eau potable constituent des obstacles majeurs pour le développement socioéducatif tchadien. Dans certaines écoles rurales, de nombreux élèves se tiennent encore sous des abris précaires ou de fortune.
La qualité reste à améliorer
Sur la qualité de l’enseignement, le constat est amer. Une grande partie du corps enseignant n’a pas des formations requises. A cela s’ajoute la pléthore des élèves dans les classes : dans certaines écoles, un enseignant peut avoir plus de 80 élèves, ce qui nuit à l’efficacité de l’apprentissage. L’insuffisance de matériels didactiques laisse la place à un enseignement resté souvent théorique et peu interactif. Et puis, la prédominance de la langue française pose le problème de l’enseignement quand la majorité de la population parle les langues locales ou l’arabe tchadien.
Dans le secteur éducatif, le Tchad a un faible part du budget national. Le Tchad reçoit un financement insuffisant, souvent en dessous des recommandations de l’UNESCO (20 % du budget national). Il dépend à l’aide extérieure. Cependant la grande partie des programmes éducatifs est financée par les bailleurs internationaux, ce qui rend le système vulnérable aux aléas de l’aide. Les inégalités régionales dans l’allocation des ressources urbaines, notamment N’Djaména, sont mieux dotées que les zones rurales.
Gouvernance
Dans la gestion des biens publics, le Tchad affiche une faible capacité administrative dans le secteur. Le suivi et l’évaluation des politiques éducatives sont souvent déficients. La corruption et la mauvaise gestion, le détournement des fonds et le manque de transparence dans la gestion des ressources freinent la réforme. Parmi ces freins, il y a l’instabilité politique avec son corollaire de crises sociopolitiques récurrentes perturbant le calendrier scolaire et la continuité des programmes. La pauvreté persistante des ménages avec beaucoup de familles qui ne peuvent pas supporter les coûts indirects de la scolarisation (fournitures, transport, uniforme) constitue également un obstacle. L’influence négative des facteurs culturels tels que certaines traditions qui privilégient le travail précoce ou le mariage des filles au détriment de l’éducation ; et enfin, les conflits et déplacements dans les zones affectées par l’insécurité (notamment le Lac Tchad) ayant pour conséquences des écoles fermées ou détruites.
Perspectives et pistes de solutions
Il n’y a pas de problèmes sans solutions. Dans cette perspective, il y a lieu de faire une proposition pour renforcer la formation initiale et continue des enseignants, d’investir davantage dans les infrastructures scolaires, en particulier dans les zones rurales, de promouvoir l’éducation des filles par des campagnes de sensibilisation et des bourses incitatives. La décentralisation de la gestion du système éducatif pour une meilleure adaptation aux réalités locales et l’introduction de l’enseignement plurilingue (français, arabe et langues nationales) afin d’améliorer la compréhension des élèves sont des pistes à explorer. Enfin, l’accroissement du budget national consacré à l’Éducation, le renforcement de la transparence dans la gestion et l’encouragement des partenariats public-privé pour diversifier les sources de financement sont souhaités.
Le système éducatif tchadien fait donc réellement face à une combinaison de défis structurels, financiers et culturels. Cependant, avec une volonté politique forte, une meilleure planification et une implication des communautés locales, il est possible d’amorcer une transformation durable. L’Éducation reste un levier essentiel pour le développement économique, la cohésion sociale et la stabilité du Tchad.
Riamian Doumtoloum Ghislain et Hamza Mahamat Achirek












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