Devenus omniprésents dans le quotidien des élèves, les téléphones portables suscitent un débat dans les établissements scolaires. S’ils peuvent favoriser la recherche et l’accès aux ressources éducatives, leur usage incontrôlé constitue également une source de distraction susceptible d’affecter la concentration et le bon déroulement des cours.
Dans les établissements scolaires, le téléphone portable s’est progressivement imposé comme un objet du quotidien. Malgré les dispositions des règlements intérieurs qui en limitent ou interdisent l’utilisation en classe, de nombreux élèves continuent de les avoir en leur possession. Smartphones Android, écouteurs et accès permanent à internet accompagnent ainsi certains apprenants jusque dans les salles de classe. Dans les cours de récréation comme dans les salles de classe, certains élèves utilisent leur téléphone pour communiquer, jouer, consulter les réseaux sociaux ou regarder des vidéos. Des pratiques qui peuvent détourner leur attention et perturber le déroulement des enseignements.
Yasmine O., élève en classe de 4ème dans un lycée privé dans la commune du 6ème arrondissement de N’Djaména, reconnaît utiliser son téléphone pour jouer, consulter les réseaux sociaux et échanger avec ses amis pendant les récréations et parfois en classe. Pour elle, une interdiction totale ne constitue pas la meilleure solution. « Il ne faut pas interdire complètement le téléphone à l’école, mais il faut fixer des règles claires », estime-t-elle.
Même avis pour Paul D., élève en classe de 1ère L au lycée Félix-Éboué. Selon lui, le téléphone peut être un bon outil d’apprentissage, à condition que les élèves sachent l’utiliser avec responsabilité.
Au-delà des distractions, le téléphone portable peut également servir de support pédagogique. Emmanuel Kouma, enseignant à l’école primaire, dans la commune du 7ème arrondissement, estime que son usage réfléchi peut contribuer à l’apprentissage. « Le bon usage du téléphone peut constituer un outil pédagogique intéressant. Il facilite les recherches et accompagne certaines activités scolaires », explique-t-il. L’enseignant souligne également que l’accès rapide à diverses ressources permet aux élèves d’approfondir les connaissances acquises en classe. Pour lui, cette possibilité devient particulièrement intéressante lorsque l’enseignant définit clairement l’objectif et les conditions d’utilisation du téléphone. L’encadrement apparaît comme un élément déterminant pour transformer cet outil de communication en véritable support pédagogique.
Une responsabilité partagée
Du côté des parents, la question ne se limite pas à l’interdiction. Chérif K., parent d’élève, estime que le problème réside principalement dans l’utilisation qui est faite du téléphone. Il préconise un usage responsable et adapté au contexte scolaire. « Le téléphone est aujourd’hui un outil qui sert à communiquer, mais certains en font malheureusement un mauvais usage. Un usage excessif ou inapproprié peut perturber la concentration des élèves et nuire au bon déroulement des cours », soutient-il. Selon lui, l’utilisation du téléphone en milieu scolaire devrait être orientée vers des fins éducatives et ne devrait pas servir à filmer ou à distraire les apprenants.
Pour le pédagogue Dr Alladjaba Hissein Abdallah, chef du département de pédagogie et psychologie à l’Université Roi Fayçal, l’utilisation des smartphones par les élèves du primaire et du secondaire doit être fortement encadrée. Il rappelle que l’école demeure avant tout un lieu d’apprentissage et que les règlements intérieurs prévoient généralement des restrictions concernant l’usage du téléphone. Il relève toutefois une contradiction, certains parents achètent eux-mêmes des smartphones à leurs enfants sans toujours tenir compte des règles établies par les établissements. « Les parents font partie intégrante du système scolaire et doivent participer à son suivi », fait-il observer. De son point de vue, le téléphone est une arme à double tranchant, pouvant présenter à la fois des avantages et des risques. La solution réside ainsi dans la responsabilité conjointe de l’école, des enseignants, des parents et des élèves.
Au-delà de la question de l’interdiction, le véritable enjeu consiste désormais à apprendre aux élèves à maîtriser les outils numériques et à en faire un usage responsable, éducatif et constructif.
Hassaballah Ahmat Khamis et Arafa Souleymane Aboubakar (stagiaire)











Ajouter un commentaire