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Société Tchad

Exode rural : Des campagnes qui se vident au profit des villes surpeuplées

Depuis quelques décennies, un phénomène pernicieux transforme progressivement le visage du Tchad : l’exode rural. Chaque année, des milliers de jeunes quittent leurs contrées reculées pour rejoindre les grands centres urbains, notamment N’Djaména, Abéché, Moundou, Sarh, Bol, etc., à la recherche d’un mieux-être. Mais derrière cet espoir se cache une réalité complexe faite de difficultés économiques, de déséquilibres sociaux et de défis de toutes sortes.

Ces départs massifs sont motivés d’abord par les conditions de plus en plus difficiles auxquels ces jeunes disent étre confrontés. La baisse de la production agricole, l’épuisement des terres, les récurrents conflits liés à l’accès aux ressources naturelles, les effets du changement climatique avec ses corollaires d’inondations et de baisse de revenus agricoles, l’abus de pouvoir de certains chefs traditionnels ou coutumiers, obligent ainsi de nombreux jeunes à quitter les campagnes, espérant s’en sortir dans les grands centres urbains. Telles sont, grosso modo, les causes réelles qui poussent la jeunesse à déserter le monde rural à la recherche d’une vie qu’elle suppose meilleure.

Et lorsque les campagnes se vident, les villes, quant à elles, connaissent une démographie en hausse. L’arrivée massive des nouveaux migrants exerce une forte pression sur les infrastructures urbaines déjà limitées. A N’Djaména par exemple, l’accès au logement devient la première difficulté que connaissent les nouveaux arrivants. Exerçant de petits métiers comme la cordonnerie, la vente à la sauvette de divers articles, les travaux domestiques, ceux et celles-ci se regroupent parfois à 8 ou 10 dans une chambre exiguë dans les quartiers périphériques dont ils partagent le loyer. Une promiscuité source de maladies. De fil en aiguille, l’accès à l’eau potable, à l’éducation et aux soins de santé de base deviennent également de plus en plus difficiles, étant donné qu’un emploi formel et rémunérateur leur reste d’emblée inaccessible vu leur niveau d’instruction. Cette précarité et ces frustrations finissent par avoir raison de leur volonté de réussir avant de repartir dans leurs terroirs. Conséquences, les garçons s’adonnent au banditisme (phénomène de colombien) et les filles se prostituent (phénomène du marché Mokolo) mettant à mal l’équilibre et la dignité de la société.

Des solutions intermédiaires indispensables

De ce constat déplorable, il reviendrait aux pouvoirs publics, à travers les Ministères en charge de la Femme, de l’Action sociale et de la Solidarité, d’explorer d’autres pistes de solutions. Pour de nombreux observateurs du phénomène, il conviendrait d’investir de manière conséquente dans l’agriculture à travers la création de coopératives dédiées au jeunes, de favoriser une formation aux petits métiers locaux afin de maintenir ces jeunes sur place. D’autres partenaires provinciaux ou locaux pourraient également intervenir dans la prévention ou la résolution des conflits agriculteurs/éleveurs et/ou communautaires, et instaurer un véritable dialogue intergénérationnel afin de limiter ou réduire cette migration souvent non voulue qui prive l’arrière pays de ses bras valides.

Car, pour beaucoup de ces jeunes tchadiens, quitter le village n’est pas un choix facile ni un rêve, mais est plutôt dicté par la nécessité. C’est pourquoi, il est plus qu’urgent d’adopter et d’appliquer une véritable politique en faveur de cette frange de la population qui dépeuple le Tchad profond provoquant une « hémorragie des ressources humaines » susceptibles de contribuer au développement national. Le Tchad, ce n’est pas seulement N’Djaména, encore moins les autres centres urbains des chefs-lieux de provinces. Il est un tout et divers ; il faut y penser, et surtout prendre le problème à bras-le-corps.

Riamian Doumtoloum Ghislain

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