Dans de nombreuses sociétés africaines, en particulier au Tchad, le mariage est perçu comme une union où le mari est supposé être plus âgé que la femme. Pourtant, une autre réalité existe, moins visible mais bien réelle, celle des couples où l’épouse est plus âgée que son partenaire. Longtemps considérée comme anormale, voire mal acceptée, cette configuration soulève aujourd’hui des débats socioculturels et psychologiques.
Le mariage est l’union de deux personnes, un homme et une femme, qui ont librement accepté de s’engager pour le meilleur et pour le pire. À travers cette union, ce sont également deux familles qui se rencontrent, s’unissent et apprennent à se soutenir aussi bien dans les moments de joie que dans les moments difficiles. Cependant, avant l’union des conjoints, chaque famille se réserve le droit de se prononcer sur les qualités du futur époux ou de la future épouse, dans une logique d’évaluation sociale. Comme le souligne Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient ». Cette idée met en évidence le fait que les rôles et compétences attendus dans le mariage s’acquièrent progressivement.
Selon le sociologue Arnaud Ndjilmbaye, durant la période de fiançailles, si une jeune femme ne maîtrise pas certaines tâches domestiques comme la cuisine, la famille du conjoint peut exprimer des réserves et avertir leur fils que cette union pourrait ne pas lui convenir. De la même manière, la famille de la future épouse procède également à une évaluation du prétendant. Si celui-ci est jugé paresseux ou incapable de subvenir aux besoins du foyer, il peut être considéré comme un mauvais choix pour leur fille. Ces appréciations, souvent formulées pendant les fiançailles, visent à prévenir d’éventuels regrets après le mariage. Par ailleurs, certaines situations, comme le fait que la femme soit plus âgée que son conjoint, peuvent susciter des réticences au sein de la belle-famille, allant parfois jusqu’à l’opposition. Cette attitude, bien que discutable, s’inscrit dans des normes sociales encore fortement ancrées.
L’influence non négligeable de la famille
Comme le rappelle Seydou Badian dans son œuvre littéraire Sous l’orage, le mariage n’est ni une affaire légère ni une simple plaisanterie. Il engage non seulement deux individus, mais aussi deux familles. Dès lors, il apparaît, dans une perspective sociologique, comme une institution sociale où les familles jouent un rôle de régulation, souligne-t-il. Ce dernier trouve logique que les familles se prononcent sur l’union de leurs enfants, dans la mesure où cela peut permettre d’éviter certains déséquilibres conjugaux, tels que les conflits, l’infidélité ou encore certaines difficultés liées à la vie de couple.
De son côté, Dr Benjamin Goudja Captain, médecin généraliste à l’hôpital de Kélo, explique que quel que soit la différence d’âge le mariage a toujours les mêmes effets que ce soit entre deux personnes de même âge, ou plus ou moins. Certaines personnes ont tendance à affirmer que le rapport sexuel rajeunirait la femme si son conjoint est moins âgé qu’elle et au contraire, il accélérait la vieillesse chez l’homme, mais cela n’est qu’une interprétation des profanes sans aucune preuve scientifique.
Adapter à l’évolution de la société
En général, les femmes plus âgées que leurs maris font souvent preuves de maturité dans le foyer et cela joue un grand rôle dans la stabilité et fait que le couple est plus épanoui. Néanmoins, sur Le plan social, ce type de mariage peut avoir quelques impacts car dans un mariage classique, selon la société, l’homme est censé avoir un âge supérieur à celui de son épouse mais si la femme est plus âgée que l’homme cela suscite souvent un débat dans les carrefours, chez les voisins, et cela pourrait être à l’origine de frustration de stress chez la femme car elle est toujours mal vue, critiquée, insultée. Et ce stress peut au long cours être à la source de certains troubles sur le plan mental.
Un autre aspect est celui de la ménopause car étant donné que la femme est plus âgée que son époux, elle atteindra l’âge de la ménopause pendant que le mari aurait peut-être besoin encore des enfants. Ou encore à un moment donné, l’homme pourra remarquer certains effets secondaires liés à la vieillesse et ressentir un dégoût. Cela pourrait occasionner des malentendus, des disputes, une séparation ou une envie de prendre une seconde épouse, explique Dr Benjamin Goudja Captain.
Kaltouma Sophie Daba, mère ayant la soixantaine : « je ne vois pas le problème, du moment où les deux sont amoureux et s’acceptent, moi en tant que mère je dois seulement leur donner mes bénédictions ». Le plus important dans une union pour les parents des mariés, c’est de chercher à savoir si leur belle fille est féconde, relate-t-elle.
Elhadj Ali Hassan Lalouche












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