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Vente de poissons frais : Ces femmes qui font vivre leurs familles

De N’Djaména à Bol, Moundou, Bongor, Kélo et autres villes du pays, des femmes parcourent les routes du Tchad pour approvisionner les marchés en poissons frais. Une activité essentielle à l’économie familiale et à la sécurité alimentaire, mais qui reste exposée aux longues distances, aux routes dégradées, aux pertes de marchandises et à l’absence d’infrastructures de conservation adaptées.

Avant la levée du jour, certaines femmes sont déjà sur les routes. Elles quittent leurs familles pour plusieurs jours et prennent la direction des zones de production et de débarquement de poissons. Leur objectif est simple : acheter en quantité, transporter la marchandise jusqu’aux grands centres urbains et la revendre. Derrière ce commerce se dessine pourtant une réalité faite de courage, de sacrifices et de risques. Surnommée « maman Carine », une commerçante raconte ses déplacements entre N’Djaména et Bol, au bord du Lac Tchad. « Le voyage commence bien avant le lever du soleil. Je quitte N’Djaména pour Bol pour acheter les poissons, notamment les capitaines, les carpes ou les sardines. Je les achète en gros sacs et je les conserve avec de la glace », explique-t-elle.

Peu de commerçantes disposent de leurs propres moyens de transport. La majorité loue des places à bord de véhicules de transport en commun, de taxis-brousse ou de camions de marchandises bâchés. D’autres confient leurs marchandises aux chauffeurs. Pour Denebey Caroline, grossiste, cette solution permet de poursuivre son activité malgré des coûts élevés. « Le déplacement coûte très cher. J’envoie les chauffeurs pour m’apporter les poissons et je leur paie 3 000 francs CFA par sac de poisson pour le déplacement. J’achète entre six et huit sacs de poissons que je revends ensuite à d’autres femmes détaillantes », témoigne-t-elle.

Les tracasseries routières

Mais le parcours entre les zones de production et les marchés urbains demeure semé d’embûches. Les trajets peuvent durer huit à dix heures, parfois davantage, en raison de l’état des routes. Les pannes de véhicules constituent une menace supplémentaire. Sous la chaleur, la glace fond rapidement et la conservation du poisson devient difficile. À cela s’ajoutent les nombreux contrôles sur les axes routiers. Les commerçantes et les transporteurs évoquent également des taxes qui peuvent atteindre 1 000 francs CFA par sac. Ces dépenses supplémentaires réduisent une marge bénéficiaire déjà fragile.  Le risque le plus redouté reste toutefois la détérioration de la marchandise. Une fois arrivées à destination, les détaillantes peuvent découvrir, après avoir ouvert les sacs, qu’une partie des poissons est déjà avariée. Elles doivent alors vendre à perte ou jeter une partie de leur stock. Pour ces femmes, chaque poisson perdu représente un manque à gagner. Malgré ces difficultés, elles continuent de prendre la route. Car, ce commerce constitue une source essentielle de revenus. Les bénéfices servent à assurer la scolarité des enfants, à financer les dépenses quotidiennes et, pour certaines, à construire ou améliorer leur logement.

De Moundou à N’Djaména, de Bongor à Kélo et dans d’autres villes, ces commerçantes jouent ainsi un rôle important dans l’approvisionnement des populations. Leur activité relie les pêcheurs aux consommateurs et contribue à maintenir le poisson sur les marchés urbains. Mais leur courage ne doit pas masquer la précarité de leurs conditions de travail. Le manque de camions frigorifiques et de chambres froides demeure l’un des principaux handicaps de cette filière. Des chambres froides solaires installées dans les marchés, ainsi que des moyens de transport adaptés, permettraient de réduire considérablement les pertes.

L’amélioration des routes et la sécurité sur des trajets sont également indispensables. Il en va de la rentabilité du commerce, mais aussi de la qualité des produits destinés aux consommateurs. Le commerce interurbain du poisson frais n’est donc pas une simple activité de survie. C’est une véritable chaîne économique portée en grande partie par des femmes qui acceptent de s’éloigner de leurs familles pour assurer leur subsistance. Chaque départ avant l’aube, chaque sac transporté et chaque kilomètre parcouru racontent le même combat : celui de femmes qui prennent la route pour faire vivre les leurs. Les soutenir, c’est reconnaître leur rôle dans l’économie, l’emploi féminin et la sécurité alimentaire du Tchad.

Yonwa Maïlébélé et Nemadjilem Nadège Alladoum (stagiaire)

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