Depuis plusieurs jours, la noix de cola, communément appelée « goro », se fait rare et surtout plus chère dans les marchés de N’Djaména. Vendu habituellement à 50 FCFA l’unité, le stimulant très prisé dans les habitudes sociales et culturelles tchadiennes atteint désormais 100 FCFA, voire 250 FCFA. Les vendeurs invoquent la hausse des coûts d’approvisionnement, tandis que les consommateurs dénoncent une flambée qui pèse sur leurs habitudes quotidiennes.
A N’Djaména, il faut désormais débourser davantage pour quelques morceaux de noix de cola. Depuis plusieurs jours, cette petite noix brune, très présente dans les habitudes alimentaires et sociales de nombreux Tchadiens, se fait rare sur plusieurs marchés de la capitale. Dans les rues et ruelles de Chagoua, dans la Commune du 7ème arrondissement, les vendeurs ambulants ont revu leurs tarifs à la hausse. « Habituellement, nous vendons l’unité à 50 F CFA. Aujourd’hui, elle coûte 100 F CFA, voire 250 F CFA selon la qualité », explique Mbairané C., vendeur ambulant. Selon lui, cette hausse ne relève pas d’une décision des détaillants. Elle serait liée à l’augmentation des prix pratiqués en amont. « Avant, un jet de 40 noix coûtait environ 2 500 FCFA. Aujourd’hui, nous achetons seulement 35 noix à 3 000 francs. A combien devons-nous les revendre pour pouvoir réaliser un bénéfice ? », S’interroge-t-il.
Non loin de l’échangeur de Chagoua, Brahim A., semi-grossiste, dit lui aussi subir cette augmentation. Il affirme ne pas connaître précisément l’origine de la flambée, mais constate ses effets jusque dans son commerce. « Au marché de Dembé, mes fournisseurs me vendent la cola très cher. Mes clients habituels, notamment les vendeurs ambulants qui viennent de Walia, ont commencé à se détourner de moi à cause des prix», regrette-t-il. Dans les marchés de la capitale, cette tension sur l’approvisionnement semble se répercuter sur l’ensemble de la chaîne, du grossiste au consommateur. Une situation qui inquiète les habitués de cette noix, dont la consommation dépasse largement le simple plaisir gustatif.
Une noix profondément ancrée dans les habitudes
Pour de nombreux consommateurs, le « goro » accompagne les moments ordinaires de la journée, mais aussi les cérémonies et les rencontres sociales. Certains l’associent à la cigarette, d’autres y voient un substitut après avoir abandonné le tabac. Avec une cigarette entre les lèvres, Mahamat O. explique apprécier particulièrement l’association des deux produits. Mais la hausse du prix du cola commence à modifier ses habitudes. « J’aime croquer la cola avec ma cigarette. Mais avec cette augmentation, cela devient difficile », confie-t-il. Temadji R., ancien fumeur, dit pour sa part avoir trouvé dans la noix de cola une manière de combattre l’envie de cigarette. « Depuis que j’ai arrêté de fumer, c’est pratiquement la seule chose qui m’aide à faire passer cette envie », témoigne-t-il.
La hausse des prix suscite cependant l’exaspération. Certains consommateurs accusent les vendeurs de profiter de la situation pour augmenter leurs marges. Mahamat O. estime que la responsabilité pourrait se situer aussi bien chez les grossistes que chez les détaillants. Au marché de « Chari Goro », dans la commune du 4ème arrondissement, Hassan Moussa Hamid, grossiste, rejette ces accusations. Pour lui, l’augmentation est d’abord la conséquence de difficultés d’approvisionnement. « La route entre le Nigeria et le Tchad est devenue très difficile à cause des inondations. À cela s’ajoute le prix exorbitant du carburant », explique-t-il. A ces difficultés logistiques se grefferait également une hausse des taxes appliquées à cette marchandise. Le grossiste donne un exemple concret pour illustrer l’ampleur de la flambée : « Il y a seulement quelques jours, la demi-case de cola coûtait 5 000 F CFA. Aujourd’hui, il se vend à 7 000 F CFA. Voilà pourquoi le prix augmente sur les marchés. »
Entre raréfaction du produit, difficultés de transport, hausse du carburant et taxation, les différents acteurs de la filière se renvoient ainsi les responsabilités. En attendant une éventuelle amélioration de l’approvisionnement, les consommateurs de N’Djaména, eux, doivent désormais payer le prix fort pour une noix devenue, en quelques jours, beaucoup moins accessible.
Djimet Biani et Chakika Payang (stagiaire)












Ajouter un commentaire