Dans les champs de Kournari, les signes d’une saison agricole difficile sont visibles. Maïs desséché, riz fané, épis peu développés et fleurs de gombo tombées au sol, la faible pluviométrie et l’arrêt prolongé des pluies ont fortement affecté les cultures. Entre récoltes compromises, hausse des prix des céréales et difficultés d’irrigation, les cultivateurs appellent à l’intervention des pouvoirs publics.
Le constat de Tafa Issa, cultivatrice, résume la situation vécue par plusieurs producteurs de la zone. « L’année dernière, Dieu soit loué, nous avons eu de quoi faire. Mais cette année, il n’y a rien». Selon elle, la sécheresse et l’insuffisance des pluies ont compromis les cultures céréalières. Même constat chez Krangzou Jérémie, enseignant et cultivateur. Pour lui, la saison agricole 2026 est moins favorable que les précédentes. « Cette année, ça ne marche pas du tout. Si je peux comparer, c’est une mauvaise année. » Dans la zone, les cultivateurs indiquent que les premières difficultés sont apparues dès le début de la saison. Alors que les pluies sont généralement attendues à partir de juin. « Cette année, en juin, il n’y avait carrément pas la pluie. Ça a commencé en juillet et on n’a reçu que deux grosses pluies », explique Krangzou Jérémie.
L’arrêt des précipitations pendant plusieurs semaines en pleine période de croissance des cultures a été particulièrement préjudiciable au maïs. « Ça a duré presque deux à trois semaines sans pluie donc c’est fini pour le maïs », témoigne Dafogomsou Enock. Dans son exploitation, Dafogomsou Enock a dû changer de stratégie après l’échec du maïs. Il s’est tourné vers le haricot qui offre encore quelques perspectives. «Comme ça n’a pas marché, il faut commencer avec le haricot. Et là, c’est en train de donner un peu quand même. »
Krangzou Jérémie montre de son côté, les effets du manque d’eau sur ses différentes cultures. Le riz est pratiquement perdu, tandis que le sorgho pourrait encore donner une récolte limitée. « J’ai fait le riz et pour le moment tout est fané. Il n’y a rien maintenant ». Il estime que le maïs est la culture la plus durement touchée. « Au moment où le maïs devait produire des grains, il n’y avait pas de pluie donc pratiquement, on n’a pas l’espoir cette année», déplore-t-il.
Des faibles Rendements
Certaines cultures ont toutefois mieux résisté au déficit pluviométrique. Le sorgho figure parmi celles qui offrent encore quelques espoirs aux producteurs. « Ici généralement, c’est le sorgho que vous voyez-là. Même si ça tarde, ça va résister un peu. », explique Krangzou Jérémie. Mais pour le mil pénicillaire, le riz et le maïs, les perspectives sont beaucoup plus sombres.
La faiblesse des récoltes commence également à se répercuter sur les marchés. Les cultivateurs rapportent une augmentation importante du prix des denrées alimentaires.
Dafogomsou Enock relève ainsi une hausse du prix du sorgho berébéré. « La semaine passée, le mil a subitement augmenté. Ici à Kournari, le sac de berébéré est à 25 000 FCFA». Pour les producteurs, cette situation est liée à la baisse de la production et à la réduction des stocks disponibles.
Face au manque de pluie, certains producteurs ont recours aux motopompes pour tenter de sauver leurs cultures. Mais cette solution reste hors de portée pour la majorité des cultivateurs. « Bon nombre de paysans n’ont pas ces moyens. Certains ont réussi un peu, mais les autres non», souligne Krangzou Jérémie. La culture de contre-saison pourrait constituer une alternative, mais elle reste également difficile à mettre en œuvre dans la zone. «Contre-saison ici, il n’y a pas assez d’endroits pour en cultiver. Il faut se déplacer au bord du fleuve », explique Dafogomsou Enock.
Face à cette situation, les cultivateurs sollicitent l’appui des pouvoirs publics à travers la subvention des denrées alimentaires, la fourniture d’intrants et l’accès aux moyens d’irrigation. « Si l’État pouvait effectivement subventionner les prix des denrées alimentaires, on aura peut-être la capacité d’acheter un sac, deux sacs, trois sacs», plaide Dafogomsou Enock. Pour les cultivateurs, l’intervention des autorités est désormais attendue pour limiter les conséquences de cette mauvaise saison agricole.
Man-Ya Allah Gisèle











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