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Portrait : Asrom Ngarbogoum Claire, défie les stéréotypes

À Bongor, Asrom Ngarbogoum Claire a choisi de briser les barrières de la maçonnerie pour subvenir aux besoins de sa famille. Veuve et mère de trois enfants, elle s’est imposée, un métier largement dominé par les hommes, au prix de nombreux sacrifices et d’une détermination sans faille.

Asrom Ngarbogoum Claire, la cinquantaine révolue, a fait de la détermination sa principale arme de survie. À Bongor, son parcours illustre à la fois les difficultés auxquelles sont confrontées de nombreuses femmes et la capacité de résilience dont elles font preuve pour s’en sortir. « Être veuve au Tchad, c’est très difficile », confie-t-elle. Privée de soutien, elle se retrouve rapidement face à une réalité implacable : subvenir seule aux besoins de sa famille. Elle débute alors comme femme de ménage. Mais la rémunération dérisoire ne lui permet pas de couvrir les charges essentielles. « Tu travailles jusqu’à la fin du mois et on te paie seulement 15.000 francs CFA. Ce n’est pas suffisant pour nourrir les enfants, les inscrire à l’école et payer le loyer », explique-t-elle.

Face à cette précarité, elle décide de se tourner vers la maçonnerie. Une décision qui a rencontré de vives résistances. « On m’a dit : « toi, en tant que femme, qu’est-ce que tu peux faire ici ? » se souvient-elle. Mais loin de se laisser décourager, elle s’impose progressivement sur les chantiers. Depuis 2012, elle trace son chemin avec ténacité.

Aujourd’hui, Asrom Ngarbogoum Claire, dirige sa propre équipe et supervise des constructions de bout en bout. « La maçonnerie n’a plus de secret pour moi », affirme-t-elle avec assurance. Sur chaque projet, elle applique une méthode rigoureuse : visite du site avec son équipe technique, évaluation des contraintes, échanges avec le client, puis élaboration du plan et estimation des coûts. Un professionnalisme qui lui vaut reconnaissance et respect.

Entre reconnaissance et résistances persistantes

Malgré ce parcours, les obstacles demeurent nombreux. Dans un secteur où les stéréotypes ont la peau dure, elle doit constamment prouver sa légitimité. « Parfois, même mes ouvriers ne m’écoutent pas. Ils me disent : toi, simple femme, tu veux commander qui ici ? » À cela s’ajoutent les difficultés liées aux engagements non respectés par certains clients qui compliquent le paiement des manœuvres. Ces épreuves n’entament pourtant pas sa détermination. « Dans le monde du travail, il n’y a pas un métier réservé uniquement aux hommes ou aux femmes », martèle-t-elle. Soutenue par les encouragements de son entourage et la fierté qu’elle suscite, elle poursuit son activité avec conviction. « Je ne me fatigue jamais dans ce que je fais, parce que je sais pourquoi je le fais », soutient-elle.

Résultats, grâce à son travail, elle a pu acquérir un terrain et y construire sa propre maison au quartier Golontoubou 2. Une réussite qu’elle considère comme personnelle. « Me prendre en charge, ainsi que mes enfants, sans demander l’aide de quelqu’un, c’est une grande fierté », dit-t-elle, reconnaissante. Au-delà de son propre parcours, elle incarne également un modèle pour d’autres femmes. Neloumta Alliance, membre de son équipe depuis cinq ans, témoigne de son impact. « C’est elle qui m’a formée. Aujourd’hui, je peux subvenir à mes besoins essentiels », explique-t-elle. Cette dernière reconnaît toutefois que le travail reste instable, notamment en l’absence de chantiers réguliers.

Consciente des défis, Asrom Ngarbogoum Claire adresse un message clair aux femmes et aux jeunes filles. Pour elle, les difficultés, notamment après un échec matrimonial, ne doivent pas conduire à l’abandon. « Il faut travailler, ne jamais négliger un petit revenu. Ce qui peut rapporter 50 francs, il faut le faire », insiste-t-elle. Elle s’engage également à préserver sa dignité et à saisir les opportunités, surtout dans des domaines comme le jardinage ou les activités génératrices de revenus.

SikngayeTamaltan Inès

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