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Rentrée scolaire : Ne pas sacrifier l’avenir des enfants (Dossier 1)

La rentrée scolaire 2026-2027 s’ouvre dans un contexte particulier au Tchad. Au-delà de la reprise des cours, cette nouvelle année scolaire marque la mise en œuvre de réformes importantes du système éducatif, notamment l’application intégrale du bilinguisme. Une ambition qui mérite d’être saluée, mais qui pose aussi de nombreuses questions sur les moyens disponibles et la capacité du système à aborder ces changements.

Lors de la rentrée administrative, le ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale, du Bilinguisme et de la Promotion civique, Dr Mahamat Ahmat Ahlabo, a annoncé l’application du bilinguisme intégral dans les classes, notamment du Cours préparatoire première année (CP1). L’objectif affiché est de faire de l’école un véritable espace d’apprentissage des deux langues de travail du pays.

Sur le principe, cette réforme constitue une orientation importante pour l’avenir de l’école tchadienne. Mais une réforme ne peut réussir uniquement par des décisions administratives. Elle nécessite des enseignants suffisamment formés, des programmes adaptés, des manuels disponibles et, surtout, du temps pour permettre aux différents acteurs de s’approprier les nouvelles méthodes. Car, le bilinguisme ne saurait se résumer à placer un enseignant francophone et un autre arabophone dans une même salle de classe. Il suppose une véritable capacité pédagogique à utiliser les deux langues dans l’enseignement et à permettre aux élèves de progresser dans chacune d’elles. Or, dans plusieurs établissements, les enseignants maîtrisant réellement les deux langues et capables de dispenser efficacement les enseignements restent encore insuffisants. Dans certaines localités, le déficit d’enseignants en langue arabe constitue déjà un handicap.

La question des manuels scolaires reste également préoccupante. Une réforme aussi ambitieuse ne peut produire des résultats escomptés si les enseignants et les élèves ne disposent pas d’outils pédagogiques nécessaires. Le risque serait alors de transformer une bonne ambition en une source supplémentaire de difficultés dans des classes déjà confrontées aux problèmes d’effectifs, de moyens et de conditions d’apprentissage. La réussite du bilinguisme dépendra moins de la rapidité de son déploiement que de sa qualité et de son appropriation par les enseignants et les élèves.

Les enseignants entre revendications et responsabilité

À l’équation du bilinguisme s’ajoute la question des revendications des enseignants. La section provinciale du Syndicat des enseignants du Tchad (SET) de N’Djaména menace d’entrer en grève si ses requêtes ne sont pas satisfaites. Son secrétaire général, Abdelkader Djibia juge insuffisantes les propositions du gouvernement et réclame notamment l’application du décret n°2850 portant statut particulier des enseignants et la signature d’un protocole d’accord sur les différentes revendications. Le gouvernement a annoncé une revalorisation progressive de certaines primes, notamment une augmentation de 10.000 F CFA de la prime de craie en janvier 2027, puis de 5.000 F CFA celle de documentation en janvier 2028.

De son côté, le secrétaire général national du SET, Bolmbari Ngolaou appelle à la responsabilité et à la patience. Pour lui, les revendications doivent s’inscrire dans une lutte à long terme. « On ne peut pas avoir tout à la fois, mais pas à pas on y arrivera ». Cette position rappelle une réalité : les revendications des enseignants sont légitimes, mais les conséquences d’une interruption prolongée des cours sont d’abord supportées par les élèves et leurs familles. Les précédents bras de fer entre le gouvernement et les syndicats ont montré que quand ce climat s’installe, ce sont des semaines d’apprentissage qui sont perdues, avec des conséquences particulièrement lourdes pour les élèves des classes d’examen et ceux issus des milieux vulnérables.

Le dialogue pour éviter une nouvelle crise

Le gouvernement et les partenaires sociaux ont une responsabilité commune. Certes, il faut poursuivre les réformes et améliorer les conditions de travail des enseignants, mais il faut également éviter que les enfants deviennent les victimes collatérales des désaccords entre adultes.

La réforme de l’école tchadienne est nécessaire. Le bilinguisme peut constituer un véritable atout pour les générations futures, à condition d’être accompagné de moyens conséquents et d’une préparation suffisante. La machine est déjà lancée. Il ne s’agit donc pas nécessairement de l’arrêter, mais de prendre le temps de la régler, de corriger ses imperfections et de renforcer ses mécanismes. Car, en matière d’éducation, la précipitation peut coûter cher. À l’heure où les enfants reprennent le chemin de l’école, le gouvernement et les syndicats doivent garder à l’esprit une priorité commune : l’avenir des enfants avant que les désaccords ne prennent le dessus sur leur droit à l’éducation.

Kary Amadou

 

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