Avec une démographie en constante croissance, le parc automobile du Tchad, particulièrement celui de N’Djaména, connaît une expansion considérable. Parallèlement, la population urbaine augmente rapidement, accentuant la pression sur les infrastructures routières.
Chaque jour, automobilistes, motocyclistes et piétons se disputent les principales artères de la capitale. Cette forte concentration de circulation entraîne une augmentation progressive des accidents de la voie publique. Les routes ne sont plus de simples espaces de déplacement. Elles sont devenues des lieux de coexistence quotidienne où se croisent les besoins économiques, sociaux et humains des citoyens. Dans ce contexte, la discipline routière apparaît comme une responsabilité à la fois individuelle et collective. Pourtant, le constat demeure préoccupant : l’indiscipline prend souvent le dessus.
Le Tchad s’est pourtant doté d’un cadre juridique modernisé avec la loi n°00027/PR/2017 du 30 décembre 2017 relative au code de la route, complétée par son décret d’application de 2023. Cette réglementation fixe les procédures de conduite et de circulation aussi bien pour les conducteurs que pour les piétons. Le respect de ces dispositions permettrait d’assurer une circulation plus fluide et de réduire considérablement les accidents.
Cependant, sur le terrain, les infractions restent fréquentes. Excès de vitesse, non-respect des feux tricolores, circulation en sens inverse ou refus de priorité sont devenus des comportements courants. Certains usagers justifient ces violations par l’urgence ou la pression du quotidien, au détriment de la sécurité collective.
Des usagers conscients des dangers
Allahdoum I., un trentenaire résidant dans le quartier Ambatta, affirme respecter scrupuleusement les panneaux de signalisation ainsi que les passages piétons. Pour Noubanaissem A., étudiant en droit à l’université de N’Djaména, le problème relève avant tout des mentalités. « Chaque personne a une mentalité différente. Pour éviter les accidents, je reste vigilant et concentré sur la route ainsi que sur les autres usagers », explique-t-il.
De son côté, Komhidi W., habitant du 9ème arrondissement, estime que le manque d’éducation routière contribue largement au non-respect du code de la route. Selon lui, les infractions devraient être davantage sanctionnées afin de dissuader les comportements dangereux. Ramadji I., étudiante en économie et gestion à Institut Évangélique du Tchad, insiste quant à elle sur la nécessité d’intensifier les campagnes de sensibilisation. « Beaucoup de personnes ne comprennent pas réellement l’importance des règles de circulation. Il faut renforcer l’éducation routière et les actions de sensibilisation », souligne-t-elle.
Si le travail des agents de la circulation demeure constant et exigeant, il est souvent compliqué par certains comportements agressifs ou irresponsables de conducteurs de voitures et de motocyclettes. Le non-respect des feux tricolores, la circulation à contresens ou encore le refus d’obtempérer aux instructions des forces de l’ordre donnent parfois lieu à des altercations et à des insultes verbales envers les agents.
Ces attitudes affaiblissent l’autorité de l’État et mettent en danger l’ensemble des usagers de la route. Pour faire face à cette situation, plusieurs observateurs plaident pour le renforcement de la culture routière au sein de la société à travers des campagnes permanentes de sensibilisation dans les écoles, les universités et les médias.
Le respect du code de la route ne devrait pas être motivé uniquement par la peur des sanctions, mais surtout par la volonté de protéger des vies humaines et des biens.
Un effort collectif nécessaire
La construction d’un système routier plus sûr au Tchad ne peut reposer uniquement sur les forces de sécurité. Elle exige un véritable partenariat entre l’État et les citoyens. Chaque conducteur respectueux des règles contribue à sauver des vies, tandis que chaque geste de coopération avec les agents de circulation participe au renforcement de la confiance dans les institutions publiques.
Le commissaire du Groupement de réglementation routière (GRS), Allahfi Dygli Tati, indique que le Tchad a mis l’accent sur la formation des policiers chargés de la circulation ainsi que sur l’actualisation du code de la route afin de faciliter la libre circulation des usagers. Toutefois, plusieurs défis demeurent, notamment le manque de panneaux de signalisation sur certaines routes, l’état parfois dégradé des infrastructures routières et le faible niveau de sensibilisation des usagers concernant les excès de vitesse et les autres infractions.
Le commissaire rappelle également que ces comportements restent sanctionnés par les textes en vigueur réglementant la circulation routière. À travers une meilleure éducation citoyenne, une application rigoureuse des lois et une prise de conscience collective, le Tchad peut progressivement construire une culture routière plus responsable et réduire les drames liés aux accidents de la circulation.
Moundamaide Ndingalaou Eveline












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